Interview menée par Adrien Cortun, article rédigé par Margaux Damain, podcasteuse et rédactrice spécialisée en santé mentale et vulgarisation scientifique.

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Résumé

Dans cet épisode de Sous le tapis, Margaux Damain revient sur l’une des questions les plus paradoxales de la santé mentale : tout le monde sait ce qu’est une émotion… jusqu’à ce qu’on lui demande de la définir. Elle explore ce que sont vraiment les émotions, à quoi elles servent, et surtout comment apprendre à les réguler grâce à une méthode concrète en 4 étapes inspirée des travaux du psychothérapeute Christophe André.

Qu’est-ce qu’une émotion ? Une définition simple et pratique

Une émotion, c’est une réaction automatique, psycho-corporelle et adaptative à un stimulus — interne ou externe. Un ours dans la forêt, un coucher de soleil, une remarque au travail, une douleur dans le ventre : tout peut en déclencher une.

Trois caractéristiques essentielles à retenir :

    • Automatique : l’émotion surgit quoi qu’il arrive. On peut ne pas en avoir conscience, mais elle est là.
    • Psycho-corporelle : elle mêle pensées et sensations physiques. La peur, par exemple, fait trembler les mains et accélère le rythme cardiaque.
    • Adaptative : elle a une fonction. Face au danger, elle protège. À une échelle plus subtile, elle signale qu’un changement est nécessaire dans notre vie.

Margaux partage un exemple personnel frappant : c’est une amie qui, lors d’un voyage, lui a dit « tu es anxieuse, en fait ». Elle n’avait jamais mis ce mot sur elle-même. Pourtant, cette anxiété — intense, présente depuis longtemps — passait entièrement sous les radars de sa conscience.

« C’est dingue de prendre conscience que parfois, il y a des parts de nous-même très importantes qui passent sous les radars. »

À quoi servent nos émotions ?

Les émotions ne sont pas de simples réactions : ce sont des boussoles. Elles indiquent où aller et où ne pas aller.

Les émotions désagréables signalent que certains besoins sont menacés. La colère, par exemple, peut indiquer un besoin de considération, de justice ou de respect. La tristesse, un besoin de connexion ou de réparation.

Les émotions agréables, elles, confirment que des besoins sont comblés — et elles vont plus loin. La chercheuse américaine Barbara Fredrickson montre que les émotions positives agissent comme des catalyseurs de ressources : elles encouragent l’exploration, l’apprentissage, la création de liens sociaux, et renforcent ainsi la résilience.

Les émotions sont aussi une source d’énergie et un moteur puissant pour l’action. Le défi, c’est d’agir depuis l’émotion sans se laisser submerger par elle. Adrien en donne un exemple concret : lors d’une discussion tendue avec sa compagne, il est arrivé avec une telle intensité émotionnelle que le dialogue est devenu impossible. « Mon émotion a pris tellement de place que ça a coupé court à tout échange. » L’émotion était légitime ; la manière de la communiquer, à retravailler.

Pourquoi nommer ses émotions change tout

Mettre un mot sur une émotion, c’est la faire exister autrement. Comme le souligne Margaux, on ne devient pas anxieux le jour où quelqu’un nous dit qu’on l’est — on l’était déjà. Mais le mot permet de contenir, de cerner, et d’agir.

Pour s’y entraîner, la roue des émotions de Robert Plutchik (chercheur américain, années 80) est un outil précieux. Elle catégorise les émotions de base et leurs nuances, et certaines versions mettent même en lien chaque émotion avec les besoins correspondants. Une ressource à trouver facilement en ligne — et pourquoi pas à afficher quelque part chez soi.

La méthode en 4 étapes pour réguler ses émotions

Inspirée des travaux de Christophe André, psychothérapeute français, cette méthode s’apprend et se pratique — comme un muscle.

1. Ressentir

S’asseoir, fermer les yeux, et se demander : qu’est-ce que je ressens, là, tout de suite ? Sans chercher à nommer, juste observer. Est-ce agréable ou désagréable ? Intense ou subtil ? Quelles sensations dans le corps — tension, légèreté, oppression ?

2. Nommer

Mettre des mots de plus en plus précis sur ce qui a été ressenti. « Je ne vais pas bien » n’est pas pareil que « je ressens de la honte », qui n’est pas pareil que « je ressens de la culpabilité ». Plus le mot est juste, plus le travail qui suit sera fin.

3. Comprendre l’origine

Replonger dans la situation : qu’est-ce qui a déclenché cette émotion ? Dans quel contexte ? Est-ce que ça rappelle d’autres situations passées ? Cette étape permet de distinguer ce qui appartient au présent de ce qui réactive quelque chose de plus ancien.

4. Traduire en besoins

C’est l’étape clé. Quels besoins sont menacés ou comblés ? Que pourrais-je faire pour y répondre ? Cette traduction est ce qui permet de passer de la réaction à l’action éclairée.

Faut-il consulter un psychologue ?

La régulation émotionnelle peut se pratiquer seul — régulièrement, comme un scan de soi. Mais face à des émotions trop intenses, trop récurrentes ou incomprises, consulter un psychologue est une option précieuse. Margaux, qui suit elle-même une psychothérapie depuis huit ans, le décrit comme « un accélérateur de conscience de soi » — pas seulement un espace de soin, mais un espace de croissance.

« C’est une chance inouïe. »

L’essentiel, c’est de s’autoriser à ressentir. Parce que plus on est en contact avec ses émotions, plus on fait des choix qui nous correspondent vraiment.

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