De plus en plus de personnes ont une addiction aux réseaux sociaux. Selon une étude de l’Organisation mondiale de la santé, la part des adolescents ayant une utilisation problématique des réseaux sociaux est passée de 7% en 2018 à 11% en 2022.
Le problème ne concerne pas que les jeunes : cette étude de 2017 indique que 40% des mères et 32% des pères interrogés ont une utilisation problématique des réseaux sociaux.
Au programme :
- Quels sont les signes de l’addiction aux réseaux sociaux ?
- Pourquoi les réseaux sociaux peuvent devenir une addiction ?
- Comment se débarrasser de l’addiction aux réseaux sociaux ?
- 3 idées reçues sur l’addiction aux réseaux sociaux
- Les conséquences de cette addiction
- Des ressources pour aller plus loin
Temps de lecture : 11 minutes
Quels sont les signes de l’addiction aux réseaux sociaux ?
Les signes d’une addiction aux réseaux sociaux sont :
- Une envie répétée et incontrôlable (“craving”) d’être connecté
- Passer énormément de temps dessus au détriment des autres activités
- Avoir des symptômes de sevrage aux réseaux sociaux (stress, impatience, irritabilité, anxiété…) quand la personne n’a pas ou plus accès à ses comptes
- Une tolérance de plus en plus forte aux réseaux sociaux : la personne a un désir croissant et urgent à être connectée pour ressentir le même niveau de plaisir qu’elle éprouvait quand elle utilisait les réseaux au tout début
- Un impact négatif sur soi et son quotidien (anxiété, isolement, dépression, échec scolaire, altération du sommeil…).
Une personne ayant une addiction à une drogue ou à de l’alcool aura les mêmes symptômes (craving, temps passé, signes de sevrage en cas d’abstinence, tolérance accrue, impact sur sa santé mentale et physique, etc).
Pourquoi les réseaux sociaux peuvent devenir une addiction ?
Plusieurs études démontrent que les “likes” activent fortement plusieurs zones de notre cerveau qui sont impliquées dans le système de la récompense. Ce système est indispensable au bon fonctionnement de notre organisme car il est activé pour nous inciter à nous livrer à des activités comme manger, dormir, être en lien, etc. Sur ce dernier point, les réseaux sociaux peuvent justement répondre à notre besoin vital d’être en lien : ils nous permettent de rester en contact avec nos proches et de recevoir du feedback social positif (likes, commentaires…), qui est essentiel à notre construction (et ce à tous les âges !).
Alors où est le problème ? Le problème est que les concepteurs des réseaux sociaux ont bien compris que le like nous activait et ils jouent là dessus pour faire en sorte que nous passions le plus de temps possible sur les plateformes. En effet, il y a des intérêts économiques à ça : plus nous passons de temps sur les écrans, plus nous sommes exposés aux publicités des entreprises qui vendent produits et services en tout genre. Pour dire les choses autrement, les réseaux sociaux sont conçus de telle manière qu’il nous poussent à l’addiction en nous procurant très régulièrement des shoots de dopamine, les hormones du plaisir impliquées dans le système de la récompense.
En revanche, même si les réseaux sont addictifs, tout le monde ne développe pas une addiction aux réseaux sociaux.
Ceux qui en sont accros le sont pour différentes raisons :
- Certains recherchent une validation sociale à travers les likes à cause d’une estime de soi fragile
- D’autres vont rechercher le lien comme palliatif au sentiment de solitude
- L’anxiété sociale peut aussi être un facteur aggravant car elle incite certaines personnes à utiliser les réseaux sociaux pour communiquer et éviter le contact réel jugé trop intimidant ou déstabilisant
- Enfin, certains utilisent les réseaux comme échappatoire : ils leur permettent de fuir un quotidien pesant, douloureux ou ennuyeux
Comment se débarrasser de cette addiction ?
Même si tu n’as pas d’addiction, tu as peut-être envie de réduire le temps passé sur les réseaux sociaux. Voici donc quelques conseils pour un usage raisonné.
5 conseils pour une utilisation plus saine
- Ne consulte pas ton portable au réveil, et pendant une heure minimum. Cela permet d’investir la motivation et l’énergie qu’on a le matin sur autre chose que du visionnage sans fin et la gestion des messages.
- Désactive la lecture automatique des vidéos (elles captent ton attention et peuvent t’enfermer dans un tunnel de visionnage !)
- Planifie dans la journée des moments sans portable et pendant ces créneaux, range ton portable dans un coin qui ne soit pas à portée de vue pour éviter d’avoir le réflexe de le prendre. Tu peux aussi désactiver les notifications ou mettre en mode avion.
- Propose à tes proches des moments sans portable quand vous êtes ensemble. L’usage du portable à table est un tue-l’amour ! Le temps que tu passes sur ton portable en présence de l’autre tue le lien, l’intimité, la conversation…
- Occasionnellement, organise des séjours détox (pendant 24h ou le temps d’un weekend par exemple, pour te reconnecter à toi et à tes proches).
🖐 Important : pour certaines personnes, les conseils pour réduire le temps passé sur les écrans ne fonctionneront pas, car leur envie d’être connectée est hors de contrôle. Pour se débarrasser de leur addiction, il est alors nécessaire qu’elles soient accompagnées par un psychologue.
Suivre un accompagnement psy pour plus d’efficacité
Pour les personnes ayant une addiction, c’est le traitement thérapeutique qu’il faudra privilégier.
Des études ont montré que pour traiter les addictions aux réseaux sociaux, certaines pratiques étaient plus efficaces que d’autres. C’est le cas des thérapies cognitivo-comportementales (TCC), bien plus efficaces que l’abstinence aux réseaux sociaux. Les études démontrent que ce type de thérapie permet une amélioration significative du bien-être en particulier chez les personnes qui souffrent de dépression liée à une utilisation excessive des écrans.
Les TCC encouragent les patients à réfléchir sur la façon dont les réseaux sociaux affectent leurs pensées, leurs émotions et leur comportement. Cette prise de conscience est une étape indispensable pour faire changer son comportement. Une thérapie peut également aider à réduire le FOMO (“Fear of missing out”), cette peur de manquer quelque chose en étant déconnecté. De plus, la thérapie aide les patients à réévaluer les priorités dans leur vie, à se concentrer sur d’autres activités et à réduire les comparaisons sociales et le craving, notamment en travaillant sur l’estime et la confiance en soi.
3 idées reçues sur l’addiction aux réseaux sociaux
“On ne peut être accro qu’à une substance”
Et non ! Il existe en effet pleins d’activités qui peuvent évoluer en pratiques addictives (travail, jeux vidéos, jeux d’argent, achats, etc.). C’est le cas des réseaux sociaux, et plus largement d’internet qui font partie des addictions dites comportementales.
Quelle que soit le type d’addiction (avec ou sans substance), on observe les mêmes symptômes : perte de contrôle, impact négatif sur la vie sociale / pro / familiale ainsi que sur la santé, impossibilité à réduire le temps passé malgré des efforts, etc.
“Il n’y pas de structures pour soigner l’addiction au portable”
Les plus jeunes peuvent se tourner vers les structures de pédopsychiatrie, les centres médico-psycho-pédagogiques (CMPP) et les maisons des adolescents (MDA). Pour les adultes (mais aussi accessibles aux plus jeunes), il existe les centres médico-psychologiques (CMP).
Globalement, toutes ces structures offrent un accompagnement plus abordable économiquement (pris en charge par l’Assurance maladie). Si vous en avez les moyens, vous pouvez vous tourner vers un psychologue indépendant, spécialisé dans les addictions et/ou les thérapies cognitivo-comportementales (TCC).
“Le problème lié aux réseaux sociaux ne concerne que les enfants et ados”
Les adultes peuvent aussi être concernés par l’utilisation excessive des écrans ; et notamment les personnes qui travaillent. En effet, la frontière entre la vie professionnelle et personnelle est fine avec les écrans à la maison (ordinateur et portable de travail).
De plus, les adultes peuvent eux-aussi aller chercher de la validation sociale sur les réseaux par manque d’estime et de confiance en eux : en s’exposant, on cherche (plus ou moins consciemment) à recevoir une approbation de la part des autres. Une estime de soi fragile ou un manque de confiance en soi n’est donc pas que l’apanage des plus jeunes… À tout âge, nous sommes vulnérables.
Les conséquences de cette addiction
L’impact sur la santé mentale
Les réseaux sociaux sont des espaces où l’estime de soi peut être fortement mise à mal. Parmi les images et vidéos qui y circulent, beaucoup véhiculent des vies, des corps et des visages parfaits (voire irréels) ; ce qui peut fragiliser des personnes ayant des complexes physiques et/ou intellectuelles ou en matière de réussite sociale. Si on n’y prête pas attention, l’exposition régulière à ces images et vidéos peut engendrer des émotions désagréables et ternir durablement l’image de soi.
Autre déclencheur d’émotions inconfortables : l’actualité ! Les informations véhiculées sont parfois négatives voire anxiogènes. Une personne trop exposée à ce type d’information n’a pas le temps de réguler ses émotions, qui à la longue peuvent devenir débordantes. De plus, l’actualité peut engendrer un sentiment d’impuissance, qui peut mener à des moments de déprime voire contribuer à un état dépressif.
Enfin, si le temps passé sur les réseaux prend plus de place que des échanges de vive voix, la personne peut ressentir de l’isolement, un grand sentiment de solitude. En effet, même s’ils permettent de rester en contact, les écrans ne remplacent pas des échanges en chair et en os où s’épanouissent des choses essentielles à notre développement et notre fonctionnement : l’intimité, la confiance, l’inspiration, la stimulation intellectuelle et émotionnelle, etc.
Sur la santé physique
Le temps passé sur les réseaux sociaux le soir perturbe la qualité du sommeil et peut engendrer des insomnies. L’impact des médias sociaux sur le sommeil est généralement attribué à quatre facteurs, selon une étude publiée en 2024. L’exposition à la lumière bleue qu’ils génèrent peut dérégler notre horloge interne. Par ailleurs, la stimulation psychophysiologique liée au contenu émotionnel des plateformes joue un rôle. La nature sans fin de leur utilisation rend également difficile de s’en détacher, et enfin, les alertes continues sont une source de perturbations pour le sommeil.
Or, un sommeil perturbé diminue notre capacité à réguler nos émotions dans la journée ! C’est le serpent qui se mord la queue : les écrans perturbent notre sommeil qui ensuite diminue notre capacité à prendre du recul par rapport aux informations et aux images auxquelles nous sommes exposés sur les réseaux.
Des ressources pour aller plus loin
Si tu veux en savoir plus sur les addictions, je te conseille cet article. Tu y trouveras entre autres des infos plus précises sur les symptômes et les traitements ainsi que des conseils pour aider un proche addict.
Enfin, je te recommande le documentaire Derrière nos écrans de fumée, qui est captivant ! Il aide à comprendre pourquoi les réseaux sociaux sont si addictifs. Cette prise de conscience est essentielle pour changer son comportement. Un documentaire à voir en famille ou entre potes !
