Cet article est une traduction de l’article rédigé par Anastasia Priyamvada Charitidou, Fondatrice d’Olotites, une association grecque qui relie les arts, l’éducation et le bien-être.
L’auto-compassion n’est pas qu’un simple terme thérapeutique à la mode. C’est une pratique transformatrice qui peut redéfinir notre manière de traverser l’échec, l’épuisement et le sentiment d’être submergé.
Dans cet essai profondément personnel, l’éducatrice expérientielle et facilitatrice Anastasia Priyamvada Charitidou partage son parcours, du burn-out clinique et de l’autopunition à la découverte de l’auto-compassion comme principe de vie.
S’appuyant sur les recherches de Kristin Neff, pionnière de la psychologie positive, sur des enseignements spirituels et sur ses propres pratiques d’incarnation, Charitidou explore les trois composantes fondamentales de l’auto-compassion : la pleine conscience plutôt que la sur-identification, la bienveillance envers soi plutôt que l’auto-jugement, et l’humanité commune plutôt que l’isolement. Elle révèle comment l’auto-compassion, lorsqu’elle est associée à un enthousiasme authentique, devient non seulement un outil de guérison personnel, mais aussi un fondement durable pour la santé mentale, la résilience et un travail porteur de sens.
Que vous soyez aux prises avec le perfectionnisme, l’épuisement émotionnel, ou que vous appreniez simplement à être plus bienveillant envers vous-même, cet article offre à la fois des perspectives scientifiques et une sagesse durement acquise sur les raisons pour lesquelles l’auto-compassion pourrait être le choix le plus pratique, et le plus radical, que vous puissiez faire.
Au programme :
- Quand le perfectionisme mène au burnout
- Chaos intérieur et auto-punition
- Trouver un refuge spirituel à l’autre bout du monde
- Reconnaître que la compassion était déjà là
- Du burnout à la connaissance : donner un nom à l’auto-compassion
- Les 3 piliers de l’auto-compassion (selon la science)
Temps de lecture : 20 minutes
Quand le perfectionnisme mène au burnout
J’étais nulle en auto-compassion.
Pas juste mauvaise. Nulle. Le genre de nullité qui ferait lever un sourcil à un thérapeute, ou deux. Et à certaines occasions, je suis pratiquement certaine que mon psy prenait rendez-vous avec son propre thérapeute juste après notre séance !
Vous savez, être gentille et compréhensive envers moi-même quand j’échouais n’était pas du tout envisageable. Je me sentais complètement seule dans ma souffrance. Et je souffrais d’une manière profonde, intense et plutôt comique, à tel point que certaines personnes découvraient de nouvelles perspectives et voyaient leur propre souffrance sous un nouvel angle en étant témoins de la mienne.
Le genre de nullité qui inquiétait constamment certains de mes amis quand d’autres restaient étrangement de marbre face à mon pathétisme. Pathétique non pas au sens de pitoyable, mais au sens littéral : quelque chose qui se produit constamment et que je ressens profondément (cela vient du mot grec pathos – de παθαίνω, signifiant “souffrir” ou “subir”).
Pendant des années, j’ai confondu le perfectionnisme avec la vertu, et le repos émotionnel et physique ainsi que le soin à soi-même avec la faiblesse. A l’inverse, la surcharge professionnelle ? C’était un insigne d’honneur. Je pensais que la dureté me rendrait plus forte. Ce ne fut pas le cas. Elle m’a juste fatiguée. Vraiment, vraiment fatiguée ; cliniquement épuisée : j’ai fait un burnout.
Chaos intérieur et auto-punition
Il s’est avéré que ne pas être douée en auto-compassion a marqué le début d’un long voyage sinueux et étonnamment enthousiaste. Un voyage où j’ai fait des allers et retours entre épuisement et compassion dans ma quête constante et évolutive d’être au service du monde, tout en réévaluant continuellement ce que cela signifiait d’être moi, de manière entière et authentique.
En grandissant, on me disait souvent que j’agissais comme si je me cognais la tête contre un mur jusqu’à ce qu’il se brise. Voilà comment j’évoluais : avec intensité et obstination.
À une époque, aux prémices de mon premier burn-out, ayant une inclinaison dramatique, tant dans ma façon de vivre que dans ma profession, ma technique d’auto-apaisement ou d’autopunition (car l’autopunition était une forme d’auto-apaisement) consistait à me cogner légèrement la tête contre des surfaces en bois. Je le faisais quand j’étais submergée ou frustrée de ressentir trop d’émotions, ou à l’inverse que je me sentais trop détachée émotionnellement, comme gelée. Je me cognais aussi la tête quand je pensais “Je suis trop comme ça ou je ne suis pas assez”.
Ce n’était pas exactement de l’auto-mutilation ; j’étais juste submergée, confuse, et j’essayais de donner du sens à un monde qui ne semblait pas faire de place à ma façon de ressentir. J’avais besoin d’une porte de secours face à cette énergie débordante. À cette époque, c’était des portes en bois, des meubles, des murs d’ascenseur. Rien d’extrême, jamais devant les autres, juste l’expression physique de l’impasse vers laquelle je me dirigeais littéralement tête baissée.
Cette habitude s’est atténuée quand j’ai compris que ma tête allait se fissurer bien avant les murs contre lesquels je me cognais, et que j’avais encore besoin d’elle pour avoir un impact positif sur le monde.
Trouver un refuge spirituel à l’autre bout du monde
Connexion sacrée aux Îles Canaries
Je suis alors partie et j’ai fait du bénévolat sur un projet d’un an aux îles Canaries.
Là-bas, de manière inattendue, je me suis retrouvée immergée dans des expériences spirituelles influencées par les traditions des Guanches – peuple autochtone des îles Canaries – et les enseignements autochtones nord-américains.
Était-ce la déesse de la sérendipité ?
Zoom sur le terme “sérendipité”
Capacité, aptitude à faire par hasard une découverte inattendue et à en saisir l’utilité.
Là-bas, j’ai ressenti une joie profonde et une révérence pour la création, les éléments, les directions, les animaux et la communauté – mais j’ai aussi ressenti de la peur. Une peur profonde.
Comment rester connecté à tout ce qui est sacré quand le monde autour de vous est imprégné de déconnexion ?
Puis dans un nouvel élan impulsif ou bien par grâce divine, je suis tombée sur une publication sur les réseaux sociaux qui m’a menée jusqu’en Italie pour rencontrer une petite femme indienne vêtue d’un sari blanc, affectueusement appelée Amma par les gens qui l’entoure.
La rencontre avec Amma et les premiers actes d’auto-compassion
Je ne m’étais pas du tout renseignée. J’avais juste entendu des choses comme : “Elle est bienveillante… aide beaucoup de gens… une grande humanitaire.”
Je me disais qu’elle était peut-être une guérisseuse ? Une professeure de méditation ? Un gourou ? Honnêtement, je n’étais pas très au fait du terme gourou.
Bref, j’ai rejoint le groupe. Et bientôt je me suis retrouvée, entourée de milliers de personnes, submergée par un chaos intérieur :
“Qu’est-ce que tu fais ici ?”
“Qui est cette femme ?”
“Qu’est-ce qui se passe ?”
Et quelque part dans ce tourbillon, une petite voix intérieure a chuchoté : “Chut…”
Cela s’est reproduit encore et encore. Les questions surgissaient, seulement pour être accueillies par des “Chut…”
C’est devenu un schéma.
Et d’une certaine manière, ce simple “chut” est devenu l’un des premiers actes de compassion face à mes ruminations mentales, même si, le plus souvent, mon esprit furieux se rebellait contre ce “chut”.
Reconnaître que la compassion était déjà là
Avec le recul, j’ai réalisé que la compassion s’était déjà manifestée. Il y avait déjà eu des actes d’auto-compassion : discrets, presque imperceptibles, même pendant la phase bizarre où je me cognais la tête contre les meubles.
Il y avait toujours quelque chose d’auto-protecteur dans ma façon de choisir des surfaces douces, dans le fait d’éviter de me faire mal et que ça devienne une habitude. Je ne connaissais pas encore le concept, mais il y avait déjà un peu d’auto-compassion au cœur du chaos. Un soin maladroit et tacite pour mon moi présent et futur.
Il m’a fallu longtemps, et une série de tournants inattendus, pour apprendre à emprunter un chemin différent avec plus de conscience et de confiance.
Du burnout à la connaissance : donner un nom à l’auto-compassion
Il y a eu de la confusion, du drame et du chagrin.
Comme j’ai fini par le réaliser, malgré mon esprit constamment contestataire, cette femme indienne vêtue de blanc avait un don pour exacerber les choses, y compris le chagrin.
Et il y a eu beaucoup d’essais et d’erreurs.
J’ai rencontré pour la première fois la compassion en tant que principe spirituel conscient à travers Amma.
Quand la science rencontre la spiritualité : ma thèse sur l’auto-compassion
Au milieu de toute cette souffrance et des diverses leçons qu’elle apportait, j’ai fait ce qui avait du sens pour une personne hyperactive, épuisée et en convalescence : j’ai écrit une thèse. Parce que je n’avais pas encore donné de nom à mon burn-out à l’époque – j’ai en fait découvert le terme burn-out pendant ce travail de recherche. Parce que “faire” était l’un des rares moyens que je connaissais pour exister.
En faisant mes recherches, j’ai découvert de nombreuses théories et de nombreux concepts, mais celui que je connaissais le moins était celui qui m’a le plus interpellé : l’auto-compassion.
Et ainsi, une thèse sur le mouvement et la compassion est née de la prise de conscience réticente que j’étais encore vraiment, incroyablement mauvaise dans ce domaine.
L’émergence d’un nouveau dialogue intérieur
Un nouveau dialogue intérieur s’est mis en place, progressivement.
Ce n’était pas quelque chose d’incroyable ou de révolutionnaire, mais c’était différent.
Plus doux. Je dirais même curieux.
La foi, la confiance et l’assurance se sont manifestées, mais pas de la façon dont je l’imaginais.
Ce n’était pas la foi en des sauveurs qui viendraient de l’extérieur, mais une foi en soi-même. En notre propre capacité à apprendre, à s’adoucir, à se confronter aux choses et à traverser l’inconfort ensemble, dans cette humanité commune et partagée.
Lorsque nous avons conscience que nous faisons partie de quelque chose de plus grand, que le soi individuel appartient au tout, l’auto-compassion, la confiance en soi et l’amour de soi peuvent alors se transformer en compassion, en amour pour les autres et une capacité à agir et à avoir de l’impact dans le monde.
Déconstruire les murs intérieurs : identifier mes croyances héritées
Mais comment pourrais-je parler de compassion envers moi-même ou les autres sans me confronter aux murs internes que j’avais construits ?
Quelles étaient les pensées qui m’appartenaient vraiment ?
Quelles étaient les croyances sur la notion de valeur, de lutte, d’amour, de succès dont j’avais hérité ?
Qu’est-ce qui m’avait été enseigné par la famille, la culture et l’éducation et que j’avais intégré inconsciemment ?
Un sentiment d’impuissance face à la haine – tant intérieure qu’extérieure – s’était presque solidifié.
Le travail a donc commencé : j’ai appris à déconstruire ces schémas mentaux.
La science a aidé. Elle a donné à mon cerveau sceptique quelque chose à quoi se raccrocher – un petit bonbon, un peu de réassurance.
Des pratiques d’incarnation holistique au mouvement créatif
En approfondissant mes recherches, en particulier en psychologie positive et en pratiques corporelles, j’ai commencé à me plonger dans la théorie qui se cachait derrière les méthodes vers lesquelles j’avais longtemps été attirée, et que j’utilisais depuis longtemps dans divers contextes.
J’ai commencé à créer ma propre approche, que j’ai appelée à l’époque Pratiques Holistiques d’Incarnation par le Corps et l’Esprit (en anglais Holistic Embodiment and Ensoulment Practices), puisant dans les différentes cultures dans lesquelles j’avais déjà été immergée.
Dans le cadre de mes interventions de thèse, ce que je développais avait de nombreuses similitudes avec ce qui est connu sous le nom de Mouvement Créatif, qui est une méthode corporelle dans le domaine plus large des pratiques de mouvement.
La théorie et l’expérience m’ont permis de comprendre ce que mon corps avait traversé pendant des années. Cela m’a aussi permis de lui donner de l’espace pour révéler davantage ce que mon esprit essayait de saisir.
J’ai alors réalisé que la compassion n’est pas seulement une qualité ou une émotion. C’est un principe. Une boussole pour la vie quotidienne.
En cherchant à comprendre, à la mettre en pratique et à l’éprouver au fur et à mesure, je comprends maintenant que la compassion est la seule voie possible pour notre société. C’est un principe de vie qui englobe tous les autres.
Bien que souvent associée au bouddhisme (et en fait directement dérivée de ses pratiques), la compassion est un fil rouge des traditions spirituelles et éthiques qui jalonnent l’histoire de l’humanité.
Les 3 pilliers de l’auto-compassion (selon la science)
Le travail pionnier de Kristin Neff
Profondément influencée par ses propres pratiques bouddhistes, Kristin Neff, pionnière dans la recherche sur l’auto-compassion, a introduit ce concept dans le domaine de la psychologie occidentale.
Son travail m’a donné une structure. Elle y définit les 3 composantes essentielles de l’auto-compassion :
- La pleine conscience (en opposition à la sur-identification)
- La bienveillance envers soi-même (en opposition à l’auto-jugement)
- L’humanité commune (en opposition à l’isolement)
Et n’est-ce pas exactement ce que la spiritualité nous enseigne depuis des années ?
“Prenez du recul et observez vos pensées. Le problème commence quand vous vous identifiez à elles.”
Qu’est-ce qui se joue quand nous prêtons attention à une pensée ou à une émotion douloureuse, sans en faire notre identité, mais sans non plus la minimiser ou la mettre sous le tapis ? C’est ce qu’on appelle la pleine conscience, à l’inverse de la sur-identification.
Quand nous nous autorisons à reconnaître notre propre douleur, non pas pour nous punir, mais pour l’accueillir avec tendresse, il s’agit de bienveillance envers soi à l’inverse de l’auto-jugement.
Et quand nous avons conscience que la douleur, l’échec et la souffrance font partie de l’expérience humaine, et qu’il ne s’agit pas d’un défaut personnel, mais bien d’une expérience partagée, il s’agit d’humanité commune.
Les bienfaits scientifiquement prouvés de l’auto-compassion
La recherche montre que l’auto-compassion est à la fois innée et acquise, qu’on peut l’apprendre.
L’auto-compassion améliore le bien-être émotionnel et physique, la résilience, les relations, l’apprentissage, la motivation, la sagesse et la gratitude.
Elle réduit la honte, l’anxiété, le stress, la dépression, l’auto-jugement et l’isolement.
En bref, la démarche d’être dans l’auto-compassion est déjà un acte de compassion envers soi-même.
De plus, c’est utile. Surtout si, comme moi, vous avez essayé la plupart des autres options : la critique, le perfectionnisme qui mène au burn-out ; et qu’aucune d’entre elles n’a fonctionné.
« Ne perds pas ton enthousiasme » : la révélation qui a tout changé
Cela a été un très, très long processus.
Il y a des années à moitié désespérée, je me souviens m’être posée une question lors d’un de mes nombreux moments de frustration spirituelle et d’agonie existentielle :
Où devrais-je mettre mon énergie ?
Laquelle de toutes ces pratiques est la clé ?
La clé de quoi, exactement ? Du bonheur ? Du calme ? Du sens ?
La réponse est venue, claire, agaçante et décevante dans sa banalité : “Continue de faire ce que tu fais. Ne perds juste pas ton enthousiasme.”
Cela ressemblait à l’un de ces slogans spirituels génériques que j’avais déjà entendus mille fois : “Il n’y a pas de chemin vers le bonheur, le bonheur est le chemin”.
Au début, je n’ai pas apprécié cette réponse. Pas du tout. J’étais confuse. Frustrée. Un peu offensée, pour être honnête. Mais beaucoup, beaucoup plus tard, je m’en suis rappelée.
Le mot Enthousiasme (du grec ancien : ἐνθουσιασμός enthousiasmós) signifiait à l’origine inspiration ou possession par le divin ou par la présence d’un dieu.
Pas “Dieu” au sens religieux, mais l’étincelle divine. Le quelque-chose-de-plus-grand-que-toi.
Les Grecs l’utilisaient pour décrire les poètes, les danseurs et les états de transe, c’est-à-dire des gens animés par une force créative si forte qu’elle ressemblait à une visitation.
C’est cette étincelle qui vous meut non pas parce que vous devez le faire, mais parce que vous ne pouvez pas faire autrement. Ce genre d’inspiration pourrait bien être la forme la plus radicale d’auto-compassion que je connaisse.

Alors peut-être qu’il ne s’agissait que de cela au fond.
Continue à faire ce que tu fais.
Fais-le avec présence.
Fais-le avec enthousiasme.
Et c’est ce que j’ai fait.
En quelque sorte.
Par intermittence. (Vous vous souvenez de mon côté dramatique.)
Mais petit à petit, j’ai réussi à mettre mon énergie débordante au service de ce qui faisait sens et à l’exprimer par de l’enthousiasme. Plutôt que de me laisser envahir par elle et d’alimenter un dialogue intérieur dramatique.
Peut-être que depuis le début cette source d’énergie n’était pas canalisée de la bonne manière, ou à travers le mauvais récit.
Je me suis donc engagée à continuer mon voyage dans les profondeurs de la compassion, intérieure et extérieure, féroce et tendre.
Vers l’amour et la bienveillance.
En faisant de mon mieux.
En me rappelant de le faire avec enthousiasme.
Et tout en faisant de mon mieux pour inspirer les autres en chemin.
En chemin, la joie et le burnout, la thèse et le théâtre et de nombreux rejets (ou comme le dirait une personne plus compatissante ou optimiste : des redirections).
J’ai mené des projets de recherche et des ateliers. Et il y a aussi eu une montagne de paperasse et de tâches administratives pour financer ce qui me tient le plus à coeur : mettre en place des cercles de parole, de préférence dans la nature, et permettre à tous et à toutes de bénéficier gratuitement d’un espace où témoigner et où nous offrir mutuellement le rare cadeau d’une attention totale.
Le projet « ComPASSION is sexy » au service des jeunes et publics vulnérables
D’une certaine manière, tout ça m’a menée jusqu’ici, jusqu’à cet article et jusqu’au projet comPASSION is sexy.
Je vous entends déjà me demander : “Qu’est ce que c’est ?” Je suis ravie que vous posiez la question.
Cette initiative financée par l’UE, co-créée par Olotites (l’organisation que j’ai fondée en Grèce) et Les Philentropes en France, développe une méthodologie basée sur la compassion qui intègre des pratiques corps-esprit, la psychologie positive et les arts.
Nous animons des ateliers en Grèce et en France, en particulier avec des personnes issues de communautés vulnérables. Nous créons également du contenu (podcasts, articles, vidéos) en anglais, français et grec, pour rendre ces idées et pratiques largement accessibles. Même si je ne mets pas toujours en avant la partie “sexy” pendant nos ateliers, le titre comPASSION is sexy sert d’invitation ludique : c’est une une tentative de réapproprier la compassion comme quelque chose de précieux, de vivant, et oui, même sexy pour les jeunes et les générations futures.
L’équilibre subtil entre enthousiasme et compassion
Ayant vécu le burn-out de près (et plus d’une fois), laissez-moi vous transmettre un conseil “sexy” :
L’enthousiasme sans l’auto-compassion peut se transformer en surmenage, épuisement émotionnel et manque de sens. Vu de l’extérieur, cela peut paraître attirant, mais ce n’est pas durable.
A l’inverse, l’auto-compassion sans enthousiasme peut progressivement déboucher sur une forme de fatigue, d’engourdissement, ou une sorte de détachement doux qui a oublié son étincelle de vie. Cette douce énergie devient prudente, elle est peut être toujours bienveillante mais il n’y a plus ce feu intérieur et vous risquez alors de sombrer dans l’inertie et la résignation.
Je ne parle pas ici de l’enthousiasme et de l’auto-compassion sincères. Ceux-ci sont durables.
Je parle de leurs ombres, ou des imposteurs.
Je parle plutôt de leurs ombres, ou de leurs imposteurs.
Ces versions déformées qui ressemblent à la réalité, mais qui ne sont pas ancrées dans la vérité et l’authenticité.
Vus sous un angle plus optimiste, et appuyés par la recherche scientifique, l’enthousiasme et la compassion sont socialement contagieux.
Lorsqu’ils ne sont pas forcés, lorsqu’ils proviennent d’un endroit réel, ils se propagent vers l’extérieur.
Ils deviennent des forces de connexion. Ils animent les personnes, les espaces et les communautés. Ils nous rappellent pourquoi nous nous soucions des autres.
Il ne s’agit certainement pas de choisir l’un ou l’autre, mais de les laisser se soutenir mutuellement.
Une boucle de rétroaction intelligente.
Et c’est peut-être là l’invitation : se lier d’amitié avec cette boucle et l’accepter.
Car c’est là le cœur simple mais profond de la compassion envers soi-même :
Nous accepter tels que nous sommes, comme nous le ferions pour un ami cher en difficulté, lorsque nous sommes centrés sur notre être.
Alors, levons notre verre aux étreintes que nous recevons, à celles que nous recherchons et, surtout, à celles que nous nous donnons à nous-mêmes.
Que nos pensées, nos paroles et nos actions naissent de l’amour et de la compassion envers nous-mêmes et toute la création.
Puissions-nous nous souvenir que parfois, il n’est pas nécessaire de briser le mur.
Il suffit de s’asseoir ou de danser à côté, et d’écouter.
Puis de choisir : rester ou partir.
Avec enthousiasme et compassion.

A propos de l’auteur
Anastasia Priyamvada Charitidou est la fondatrice et directrice artistique d’Olotites, une organisation interdisciplinaire qui relie les arts, l’éducation et le bien-être. En tant qu’éducatrice expérientielle et facilitatrice, elle conçoit et guide des projets qui invitent à la réflexion, à la compassion et à l’expression authentique. Son travail fait le pont entre l’incarnation, le théâtre et la psychologie, explorant comment la conscience intérieure peut mener à une croissance collective. Grâce à des initiatives financées par l’UE, notamment le projet Erasmus+ « comPASSION is sexy », elle continue d’explorer comment la compassion peut être à la fois une pratique personnelle et une force sociale de changement.
