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Interview menée et article rédigé par Margaux Damain, podcasteuse et rédactrice spécialisée en santé mentale et vulgarisation scientifique.

👉 Disponible aussi sur Spotify, Apple Podcasts, Deezer et Youtube.

Résumé : le témoignage de Christie sur son burn out et sa reconstruction

Découvrez le témoignage de Christie Genteuil-Boisel sur son burn out, coach spécialisée dans l’accompagnement des femmes en souffrance au travail : un récit d’une profonde lucidité, porté par une femme qui a vécu de l’intérieur ce qu’elle aide aujourd’hui ses clientes à traverser. Dans cette interview, Christie revient sur des années passées dans des agences de communication parisiennes, marquées par un rythme frénétique, une pression permanente et une incapacité à reconnaître les signaux que son corps lui envoyait.

Christie décrit un burn out silencieux : celui qui ne s’effondre pas d’un coup, mais qui grignote, nuit après nuit, le sommeil, le dos, la respiration. Elle explique avec une grande honnêteté pourquoi elle a tenu si longtemps — par peur de décevoir, par sentiment de chance, et parce que son histoire familiale, empreinte de souffrance au travail sur plusieurs générations, lui avait appris que tenir était la seule option possible.

Son témoignage éclaire aussi une réalité peu nommée : le lien entre mémoire transgénérationnelle et rapport au travail. Afrodescendante, Christie relie sa difficulté à poser ses limites à une forme de mémoire collective héritée de ses ancêtres, agriculteurs puis esclaves, qui ont survécu sans jamais se plaindre.

La reconstruction a été rendue possible grâce à une rupture conventionnelle et à un accompagnement en sophrologie. Aujourd’hui, Christie accompagne des femmes en charge mentale, en burn out ou en transition professionnelle, avec une équipe pluridisciplinaire alliant coaching, sophrologie et psychologie du travail. Son message est celui d’un après possible, plus aligné et plus lumineux, pour toutes celles qui ont l’impression d’être au pied de l’Everest.

Burn out témoignage : l’interview complète de Christie Genteuil-Boisel

Margaux : Bonjour Christie !

Christie : Bonjour Margaux.

Margaux : Alors en préparant cette interview, tu m’as confié un souvenir qui m’a particulièrement marquée. À l’époque où tu travaillais encore dans une entreprise, il était fréquent pour toi d’aller t’isoler pour fondre en larmes. À ce moment-là, tu es une femme qui, de l’extérieur, a tout pour réussir. Tu as une belle carrière, une entreprise prestigieuse. Et surtout, tu m’as parlé d’une ascension sociale que ta famille n’avait jamais connue auparavant. Mais à cette époque, tu es aussi une femme qui a la boule au ventre tous les dimanches soir.

Tu as fait ce que tu savais faire depuis toujours, ou du moins ce que tu avais intégré : tenir quoi qu’il arrive, parce que dans ta famille, tu avais intégré que les femmes se devaient d’être fortes et ne rien lâcher. Christie, comment en étais-tu arrivée là, à cette souffrance au travail ?

Comment Christie est arrivée à cette souffrance au travail

Christie : C’est un long parcours. J’ai dû faire un gros travail d’introspection suite à tout ce qui s’est passé pour essayer de mieux comprendre ce qui s’est joué pour moi à cette époque. En fait, lorsque j’ai commencé ma carrière dans la communication, j’étais convaincue que c’était la meilleure chose pour moi. On peut parler d’un ascenseur social. Je viens d’un milieu modeste, de banlieues parisiennes. À cette époque, j’intègre des agences de communication parisiennes. Je suis convaincue véritablement que je vais m’épanouir au sein de ces structures. Je suis bien accueillie. Dans un premier temps, effectivement, les choses se passent plutôt bien, mais très rapidement, je suis confrontée à des coups de pression, c’est-à-dire que c’est un métier où tous les jours, il faut aller très vite.

Il ne faut pas commettre d’erreur, parce que si, quand on organise une opération de communication, à un moment donné on commet une erreur, on peut très facilement compromettre le résultat. Il y a de la compétition. Les horaires sont assez tendus, on arrive très tôt le matin, on n’hésite pas à repartir très tard le soir.

Au milieu de tout ça, on peut être amené à faire des pauses ou à ne pas en faire. Il y a ce que l’on appelle des charrettes, c’est-à-dire des livrables à fournir en temps record. Il y a une habitude qui veut que les clients de ces agences réclament le travail quasiment pour la veille. Donc au moment où on doit produire ces tâches, on considère déjà qu’elles auraient dû être terminées.

Margaux : En fait, c’est un rythme frénétique qui ne s’arrête jamais. Tu as aussi parlé de situations traumatisantes. Tu observes chez les autres aussi des situations complètement absurdes.

Un environnement de travail qui broie : ce que Christie a vu autour d’elle

Christie : Oui, alors moi bien sûr je vis de l’intérieur ces difficultés. Je suis sous stress, je suis sous pression, ça me génère des nuits agitées, des problèmes de sommeil, des problèmes de dos, des maux de ventre. Je ne suis pas bien physiquement, donc je ressens dans mon corps que je suis soumise à un rythme et à une pression difficile. Je me demande comment je vais tenir. Et puis j’observe autour de moi mes collègues, et en réalité ce que je vois c’est qu’elles vivent exactement la même chose que moi. Certaines l’expriment, certaines ne l’expriment pas.

« Je les vois tomber, je les vois partir en situation de burn-out. Je vois des jeunes femmes qui ont leur première grossesse, certaines sont victimes de fausses couches très tôt, parce qu’il y a une telle pression. » — Christie Genteuil-Boisel

Christie : Le management est très peu bienveillant. Alors, ce n’est pas forcément parce que les personnes sont mauvaises, mais à tous les niveaux, il y a un tel niveau de pression que les managers, même si elles comprennent bien que ce qu’elles demandent n’est pas réalisable dans les délais imposés, elles-mêmes n’ont pas le choix. C’est une espèce de course effrénée. Ce qui est paradoxal, c’est qu’en même temps, nous étions toutes au sein de ces équipes passionnées, très excitées par ces campagnes de communication qui nous donnaient l’occasion d’organiser de beaux événements, de belles rencontres. On n’était pas dans des situations où on n’aimait pas son job. On aimait le job. Mais on était souvent dépassées, épuisées, sous pression, stressées. On savait bien qu’il y en avait cinquante qui attendaient à la porte. On n’avait pas intérêt à se plaindre. Donc oui, j’ai vu beaucoup de personnes se mettre dans des états psychologiques difficiles ou tomber malades dans ce contexte. Et finalement, le but c’était de tenir, quoi qu’il arrive.

Pourquoi avoir tenu si longtemps dans un environnement épuisant

Margaux : Tu as tenu très longtemps comme ça, plusieurs années. Comment tu expliques avoir tenu si longtemps dans un environnement qui t’épuisait ?

Christie : La première chose, c’est que j’avais conscience que j’avais de la chance d’être là. J’avais réussi à accéder à ce type de poste dans la communication. Je pensais que vraiment j’étais chanceuse d’être là. C’est souvent le cas chez les personnes qui sont dans ce genre de situation : on mesure qu’on a la chance d’être arrivées là. Ensuite, bien sûr, j’avais tout mon entourage qui me soutenait, sans vraiment savoir à quel point je me sentais pas à ma place dans ce système. Et il était évident pour moi que je ne pouvais pas les décevoir. J’avais cette peur de décevoir mes proches certainement, et puis aussi peur de décevoir ma hiérarchie qui m’avait fait confiance. Il n’était pas question pour moi d’arrêter. Je ne pouvais aller que de l’avant, il fallait que je tienne le coup absolument.

« Il n’était pas question pour moi d’arrêter. Je ne pouvais aller que de l’avant, il fallait que je tienne le coup absolument. » — Christie Genteuil-Boisel

Histoire familiale et mémoire collective : quand la souffrance au travail se transmet de génération en génération

Margaux : Tu m’as parlé de ton histoire familiale justement, de générations qui ont été marquées par la souffrance au travail — tu m’as parlé d’esclavage, puis d’exil. Qu’est-ce que le travail représentait dans ta famille ? Qu’est-ce que ça représentait pour toi, ou ce que ça devait représenter ?

Christie : J’ai essayé de comprendre pourquoi j’avais accepté quelque part de vivre cela, et j’ai essayé de comprendre un peu l’histoire de ma famille, notamment des femmes de ma famille. Et effectivement, j’ai réalisé à quel point l’histoire de ma famille était empreinte de souffrance au travail.

Cette souffrance remonte aussi à mes origines antillaises. Je suis une afrodescendante. Donc parmi mes aïeux, il y a eu des personnes qui étaient esclaves et qui ont déjà vécu cette situation de souffrance au travail. Je pense que inconsciemment, dans la mémoire collective de ce peuple, il reste des traces de ça.

Le témoignage de Christie sur son burn out et sa reconstruction à écouter sur Spotify, Deezer, Apple Podcasts...

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Le poids de la mémoire transgénérationnelle sur le rapport au travail

Christie : Je me disais : si mes ancêtres ont pu subir ce travail acharné dans les conditions qui étaient les leurs à l’époque — qui n’ont rien à voir avec les conditions dans lesquelles je me trouve, puisque moi j’ai fait le choix, je suis volontaire, je suis demandeuse de ce travail — pourquoi est-ce que je vais me plaindre ? Pourquoi est-ce que je ne pourrais pas tenir ? Mes ancêtres ont vécu des choses terribles, ils ont tenu, moi je suis tout à fait en mesure de tenir.

Quelque part, je m’autorisais pas à me plaindre. Je n’imaginais même pas que je puisse couper court. Il fallait que je tienne.

Et puis au-delà de ces ancêtres qui ont connu cette période de l’esclavage, mes arrières-arrières-grands-parents et ceux qui sont venus après ont vécu une vie dans l’agriculture à une époque où c’était très difficile. Ils ont vraiment vécu aussi une souffrance au travail liée à ce travail très difficile d’agriculteurs, dans des conditions où tout se faisait à la main. Mes grands-parents, à aucun moment, n’ont exprimé une plainte d’avoir travaillé dur. Ils expliquaient qu’ils avaient vécu ce qu’ils avaient à vivre — il fallait nourrir leurs enfants, il fallait qu’ils se nourrissent eux-mêmes — et donc ils ont travaillé dur. C’était normal.

Les signaux d’un burn out silencieux

Margaux : Concernant ton burn out, quels étaient les signaux que ton corps t’envoyait, mais que tu ignorais à l’époque ?

Christie : J’avais différents signaux. Le principal, c’était ce problème d’anxiété permanente qui venait abîmer mon sommeil. Je pouvais avoir des nuits très longues et pas forcément récupératrices. Je sentais bien que dès que cette pression devenait trop importante, ça affectait vraiment mon sommeil. Le problème du sommeil, c’est que quand vous vous réveillez et que vous êtes déjà épuisée, ce que vous allez pouvoir produire dans la journée, il y a peu de chance que ce soit de la qualité. Donc il y a une espèce de cercle vicieux qui peut très vite s’installer lorsque le sommeil est malmené.

« Je somatisais, c’est-à-dire que j’étais en train plus ou moins de me rendre malade. Je pense même que j’ai été chanceuse de pouvoir mettre fin à un moment donné à cette situation. » — Christie Genteuil-Boisel

Maux de dos, insomnie, anxiété chronique : le corps qui dit stop

Christie : Et puis c’est vrai qu’à cette époque-là, j’avais ces maux de dos. Je pense que dès que j’étais vraiment sous pression, tout comme l’expression le dit, j’en avais plein le dos. J’ai eu toute une période où j’ai eu des maux de dos. Et je peux le dire avec assurance parce qu’ensuite, où j’en suis maintenant, où tout ça est très loin pour moi — ça remonte à plus d’une dizaine d’années — je n’ai plus ces problèmes de dos aujourd’hui, je n’ai plus ces problèmes de sommeil aujourd’hui. Donc je me rends vraiment compte que je somatisais à cette époque, c’est-à-dire que j’étais en train plus ou moins de me rendre malade.

Je pense même que j’ai été chanceuse de pouvoir mettre fin à un moment donné à cette situation, parce que ça m’aurait peut-être poussée véritablement vers une maladie — peut-être quelque chose d’assez grave. J’ai, dans mes accompagnements, eu l’occasion d’entendre des femmes me dire qu’elles avaient traversé des maladies graves et qu’elles ont la conviction que la situation de stress extrême qu’elles avaient vécue au travail avait malheureusement joué contre elles.

Margaux : Effectivement, c’est un stress chronique qui dure. Le mal-être psychique est tel que ça se répercute mécaniquement dans le corps. On l’oublie, mais des maux qui s’installent sont de bons indicateurs qu’il se passe quelque chose de problématique. Tu m’as expliqué que toi, tu as été vraiment à deux doigts de l’effondrement physique. Dans le pire des cas, un burn out, c’est un matin, la personne a l’incapacité de se lever physiquement de son lit. Toi, heureusement, tu n’en es pas arrivée là, mais tu n’en étais pas loin.

Le moment où tout bascule : la rupture conventionnelle, entre violence et soulagement

Margaux : Tu m’as expliqué que c’est une rupture conventionnelle qui t’a permis de sortir de cet environnement. Comment tu as vécu ce départ à cette époque ?

Christie : Je l’ai vécu avec beaucoup de violence parce qu’au moment où ça arrive, ce qui nous est renvoyé, c’est notre incompétence. « Tu n’as pas été capable de faire ce qu’on t’a demandé de faire, avec le niveau de qualité demandé, dans les délais demandés. Donc c’est de ta faute. » Voilà ce qui nous revient à la figure — alors qu’on a donné tout ce qu’on pouvait, et que lorsqu’on a fait des choses bien, il y a eu très peu de gens pour nous le dire. Par contre, à ce moment-là, les reproches pleuvent, et c’est dur à encaisser parce qu’on se dit qu’on n’a pas mérité ça.

Dans le monde de l’entreprise, celui qui craque, c’est le maillon faible, celui dont il faut se débarrasser. Donc je me retrouvais dans cette situation du maillon faible.

Le relâchement musculaire du jour de la signature

Christie : Mais aussi, lorsque cette rupture conventionnelle a été signée, j’ai vécu un énorme soulagement. Physiquement, j’étais dans un état de stress où j’étais complètement crispée. Tous mes muscles étaient crispés. Et j’ai vécu vraiment un relâchement musculaire. Le jour où j’ai signé, je suis sortie de l’immeuble et j’ai pleuré, mais j’ai pleuré de soulagement, pas de douleur ou de lutte. Vraiment de soulagement, et presque de gratitude que tout ça cesse et que enfin je puisse retrouver ma liberté. Ma liberté d’être moi-même et de pouvoir respirer de nouveau, de pouvoir me coucher et dormir d’une belle nuit.

« J’ai pleuré de soulagement, pas de douleur ou de lutte. Vraiment de gratitude que tout ça cesse et que je puisse retrouver ma liberté. » — Christie Genteuil-Boisel

Christie : Je savais qu’ensuite je pourrais travailler comme freelance. J’ai pu, une fois la porte franchie, revenir à moi-même tranquillement, et revenir vers un projet professionnel plus aligné, plus qui a du sens. Et véritablement, je me suis mise à revivre parce que je suis passée à côté de l’effondrement. Vraiment, c’était à la limite. Et je ne le souhaite à personne.

Margaux : Les premières semaines après avoir quitté ce poste, à quoi ressemblaient tes journées ?

Christie : J’ai eu besoin de quelques semaines pour véritablement me détendre, pour réaliser déjà à quel point c’était fini. Parce que j’étais tellement enfermée dans des schémas, dans des comportements — mon corps réagissait à tout, j’étais sous tension — donc il m’a fallu vraiment du temps pour revenir.

La sophrologie comme outil de reconstruction après un burn out

Christie : Comme je l’ai évoqué, je me suis tournée vers une thérapie en sophrologie. La sophrologie m’a accompagnée à partir du moment où ça a commencé à aller vraiment très mal en entreprise. Ça a été pour moi de petites bouffées d’oxygène. J’ai fait un gros travail de relaxation, j’ai trouvé des outils pour m’aider à faire face à ces moments de stress chronique. Puis, une fois que j’ai pu quitter cette entreprise, j’ai poursuivi ce travail en sophrologie qui m’a permis de me retrouver avec moi-même, de retrouver qui je suis, de respirer de nouveau.

Je m’étais aperçue que je ne respirais plus. J’avais toujours eu une tendance à être un peu claustrophobe, et j’étais devenue extrêmement claustrophobe avant la rupture, parce que j’étais sous stress et ce stress venait alimenter ma claustrophobie.

Margaux : En quoi consistaient les séances de sophrologie avec cette thérapeute ?

Relaxation, visualisation, ancrage : ce que la sophrologie a changé

Christie : Ce sont des séances où on fait beaucoup de relaxation, beaucoup de visualisation, on met en place des ancrages, c’est-à-dire des petits systèmes qu’on va pouvoir activer lorsqu’on va être confrontée à la difficulté. On travaille beaucoup sur la respiration, et ce travail pour mieux gérer les émotions que j’avais dans mon corps m’aidait, quand j’étais en situation de difficulté, à faire face plutôt que de partir en stress extrême. Ça me permettait de contrôler la situation et de ne pas exploser en vol.

Et puis cette sophrologue était une vraie thérapeute. Elle m’a fait vraiment travailler sur cette fameuse introspection — tout ce que j’avais à l’intérieur de moi, tout ce qui s’était joué et qui m’avait amenée à cet endroit-là. Elle m’a permis, à travers beaucoup de relaxation, beaucoup de méditation, beaucoup de lâcher-prise, de vraiment laisser couler tout ça.

Margaux : Qu’est-ce que cette thérapie t’a enseigné ?

Christie : D’abord, elle m’a permis de reprendre le contrôle sur mon corps, puisque j’étais une boule d’émotions, une boule de nerfs, une boule de colère, une boule de peur. Elle m’a permis de déposer tout ça. Elle m’a permis aussi d’accepter — parce qu’au moment où j’ai vécu ça, je l’ai aussi vécu comme un échec en partie — que je n’étais pas à ma juste place dans cette entreprise, et que j’allais pouvoir maintenant aborder l’avenir en me demandant vraiment ce qui a du sens pour moi.

Son accompagnement aujourd’hui : aider les femmes à sortir du burn out

Margaux : Et aujourd’hui tu accompagnes les femmes qui ont besoin de se reconstruire justement après un burn out. Pourquoi avoir choisi de te concentrer sur les femmes ?

Christie : Je me suis concentrée sur les femmes parce que je suis une femme, d’abord, et que j’ai traversé certaines étapes de la vie d’une femme, notamment la maternité. J’ai eu deux enfants. Il y a des spécificités pour les femmes, et j’ai la conviction qu’il y a un biais de genre en entreprise. Les femmes font face à des difficultés particulières : on parle de charge mentale personnelle et professionnelle. Les femmes font face souvent à un plafond de verre, à des jugements. Elles sont parfois perçues comme trop émotionnelles. Elles n’ont pas les mêmes parcours de carrière que les hommes en entreprise. Souvent, elles sont obligées d’en faire deux fois plus pour accéder à une promotion.

Margaux : C’est intéressant de proposer un accompagnement très spécifique aux femmes. J’ai un chiffre qui m’a énormément marquée : les femmes, selon Santé publique France, seraient deux à trois fois plus concernées que les hommes par le burn out et la souffrance psychique au travail. Et ce sont des chiffres constants depuis 2007. Effectivement, ça fait lien avec tout ce que tu as dit — la place particulière des femmes en entreprise, les discriminations liées au genre, le harcèlement sexuel — tout ça fait qu’elles sont plus vulnérables au burn out.

Margaux : En quoi consiste ton accompagnement aujourd’hui concrètement auprès de ces femmes ?

Les différents profils de femmes que Christie accompagne

Christie : J’ai des femmes qui m’approchent dans différents cas de figure. Soit elles sont en situation de charge mentale personnelle et ou professionnelle : elles sont sous pression, elles sont à bout, elles ne savent plus trop comment faire pour redescendre. Elles essaient de tenir et de ne pas craquer, en sachant qu’on ne peut pas rester dans cet état éternellement.

Certaines ont connu le burn out et je vais les aider à revenir au travail dans de bonnes conditions — c’est-à-dire à poser les conditions de leur retour. Souvent, quand elles reviennent, elles ont soit un mi-temps thérapeutique, soit un 80 % thérapeutique. Mais ce qui se passe, c’est que si elles ne sont pas accompagnées, elles vont avoir tendance à repartir sur les mêmes écueils qu’auparavant. Et on sait qu’une personne sur trois, dans les 12 mois suivant un burn out, en refait un. Les taux de rechute sont très importants, d’où l’importance d’être accompagnée.

Toutes les personnes que j’accompagne ont le plus souvent leur accompagnement psy, parce que moi je ne vais pas traiter la dimension psychologique — je vais traiter la dimension professionnelle, c’est-à-dire mettre en place pour elles un nouveau mode de fonctionnement pour que ce qui s’est passé ne se reproduise pas. C’est totalement complémentaire avec l’accompagnement psy.

Christie : J’ai aussi des femmes qui, suite à ces difficultés rencontrées en entreprise — que ce soit charge mentale, burn out, harcèlement moral, harcèlement sexuel —, sont en phase de recherche d’emploi ou de transition professionnelle. Elles cherchent un poste en ayant beaucoup de peur et de difficulté parce qu’elles ont vécu quelque chose de traumatisant. Et j’ai également un pourcentage important de femmes en fin de carrière, à quatre, cinq ou six ans de la retraite, qui souffrent et n’arrivent plus à tenir. Ce sont souvent des femmes qui aiment leur travail, qui veulent bien faire. Elles ont besoin d’aide pour trouver un équilibre qui leur permette d’arriver jusqu’à la retraite.

Une femme, assise devant son ordinateur, tard le soir, se prends la tête dans les mains. Elle est épuisée, au bord du burn out.

Comment Christie accompagne concrètement ces femmes

Christie : On fait vraiment un travail personnalisé pour chacune. J’utilise notamment l’amphithéâtre psychologique, qui permet d’aller voir les différentes personnalités qu’il y a en nous et comment elles cohabitent. J’aime bien le cercle des responsabilités, pour arriver à voir ce qui est de notre responsabilité et ce qui n’en est pas — souvent on cherche à endosser des choses qui ne le sont pas. Je travaille beaucoup avec la méditation, la relaxation, des exercices de respiration. On travaille aussi sur différentes matrices temps et énergie, pour apprendre à gérer son énergie.

Mais là où je vais vraiment travailler, c’est qu’au fur et à mesure, ces femmes vont m’expliquer ce qu’elles sont en train de vivre à l’instant T, et je vais les aider à détricoter ces difficultés et à mettre en place les actions qu’il faut au bon moment. C’est vraiment un travail très personnalisé. Au sein de mon équipe, il y a toujours une approche sophrologie avec une sophrologue certifiée, et une psychologue du travail qui peut intervenir quand la personne n’a pas de psychologue de son côté. Donc vraiment, on est toute une équipe, et on va aider cette personne sur le volet psy, mais aussi sur le volet professionnel. C’est un travail qui se fait sur trois mois à peu près et qui donne vraiment de très bons résultats.

Burn out et entreprises : la souffrance au travail encore trop peu nommée

Christie : En France, le mot souffrance au travail n’est pas toléré en entreprise. On ne peut pas être en entreprise et parler de souffrance au travail. En général, les difficultés de la personne vont être ramenées à des manquements. On va pointer telle incompétence, telle erreur qu’elle a commise. Et rares sont les entreprises qui vont reconnaître qu’il y a un problème systémique, un problème de management. Elles préfèrent remettre la faute sur la personne.

« La plupart de mes clientes n’ont pas bénéficié pleinement de la définition. On leur a dit que c’était de leur faute. Quasiment jamais l’organisation ne se remet en question. » — Christie Genteuil-Boisel

Margaux : Il faut rappeler que le terme burn out, dans sa définition, c’est vraiment un état de stress et de mal-être au travail dû à des facteurs organisationnels. On l’oublie, mais c’est toujours du fait de difficultés et de dysfonctionnements au niveau de l’entreprise, au niveau systémique.

Margaux : Si une personne souhaite faire appel à ton expertise, comment peut-elle te contacter ?

Christie : Ce que je lui propose dans un premier temps, c’est d’aller sur mon profil LinkedIn : Christie Genteuil-Boisel. Sur mon profil LinkedIn, elle va déjà découvrir un peu mon univers, mon point de vue, et elle va pouvoir venir s’inscrire à mon webinaire mensuel. Chaque mois j’organise un webinaire sur une thématique, et de là elle va pouvoir prendre un rendez-vous avec moi. La première chose, c’est une conversation totalement gratuite, totalement confidentielle, c’est important, et sans engagement. Et de là, je propose un accompagnement personnalisé, et si elle a envie d’être accompagnée, je suis ravie de faire un bout de chemin avec elle pour l’aider à sortir de ces situations qui sont parfois très douloureuses.

Le message d’espoir de Christie

Margaux : Y a-t-il un dernier message Christie que tu aimerais transmettre aux personnes qui nous écoutent, et à celles et ceux qui se reconnaissent dans ton histoire ?

Christie : Ce que j’ai envie de leur dire, c’est qu’il y a un après. Bien sûr, quand on est dans une situation de burn out ou de grande difficulté au travail, quel que soit le problème, on a l’impression qu’on est devant une montagne, devant l’Everest, et que c’est un peu la fin de tout, qu’il n’y a plus rien d’autre que cette souffrance. Mais lorsque l’on est accompagnée, on va faire le chemin, on va escalader la montagne, on va arriver en haut, on va de nouveau revoir l’horizon, et on va pouvoir avancer vers sa juste place à soi. Oui, il y a un après plus lumineux après ces situations.

Margaux : Merci beaucoup Christie, d’une part pour ton témoignage courageux et aussi pour tout ce que tu fais aujourd’hui pour ces personnes. Merci infiniment d’avoir pris le temps, et je te dis à bientôt.

Christie : Merci Margaux.

Portrait de Margaux Damain, fondatrice de Sous le tapis et rédactrice spécialisée en santé mentale et vulgarisation scientifique

A propos de l’auteur

Article rédigé par Margaux Damain, fondatrice de Sous le tapis, rédactrice et podcasteuse spécialisée en santé mentale. Margaux s’appuie sur des études scientifiques (revues systématiques et méta-analyses), des ouvrages de psychiatres et psychologues, ainsi que des témoignages sensibles et courageux pour rendre accessibles les connaissances sur le bien-être psychique. Elle transforme des travaux d’experts en contenus adaptés au grand public. Son objectif ? Démocratiser la santé mentale et encourager chacun et chacune à prendre soin de soi.