C’est quoi le trouble du comportement alimentaire (TCA) ? Cet article vous aide à comprendre le TCA : définition, types, causes… Partageant certaines caractéristiques avec les addictions, les TCA sont des maladies graves. Associés à une forte mortalité, ces troubles doivent être traités le plus tôt possible.

Au programme : 

  • C’est quoi le trouble du comportement alimentaire (TCA) ? 
  • Quels sont les différents TCA ?
  • Quelles sont les comorbidités ? 
  • Qui en est atteint ? 
  • Quelles en sont les causes ? 
  • Test : suis-je concerné.e ?

Temps de lecture : 15 min en tout

C’est quoi le trouble du comportement alimentaire ?

Les troubles du comportement alimentaire, aussi appelés troubles des conduites alimentaires (TCA), sont des troubles psychiatriques qui se traduisent par des comportements alimentaires pathologiques pouvant entraîner des complications médicales graves

Autrement dit, lorsqu’une personne a un TCA, elle a une relation perturbée à l’alimentation.

Quels sont les différents troubles du comportement alimentaire ?

On dénombre plusieurs troubles du comportement alimentaire : l’anorexie mentale, la boulimie, l’hyperphagie boulimique, le mérycisme, le pica, l’hyperphagie nocturne, la potomanie et enfin le trouble des conduites alimentaires non spécifié.

Ci-dessous les principales caractéristiques de chaque TCA. 

Anorexie

Peur de devenir gros ; perte de poids excessive via conduites restrictives (régime, jeûne, exercice physique) ou alternance de phases boulimiques et de vomissements.

Boulimie

Ingestion d’un grand volume de nourriture en un laps de temps court (moins de 2 heures en général) ; réaction compulsive ou ritualisée ; actions compensatoires (vomissements, laxatifs, jeûne, etc.).

Hyperphagie boulimique

Crises de boulimie fréquentes sans comportement compensatoire (c’est le manque d’actions de compensation qui distingue l’hyperphagie de la boulimie).

Mérycisme

Régurgitation ou re-mastication des aliments qui peut durer des heures.

Pica

Ingestion persistante de matériaux non nutritifs (comme du papier). A noter que pour les enfants de moins de 2 ans, ce comportement n’est pas considéré comme inapproprié.

Hyperphagie nocturne

Ingestion d’aliments de manière incontrôlée et excessive pendant la nuit.

Potomanie

Envie irrépressible de boire de l’eau en très grande quantité (parfois cela dépasse les 10 litres par jour).

TCA non spécifié

Tous les troubles ne répondant pas précisément aux critères des TCA cités précédemment mais qui sont la manifestation de conduites alimentaires considérés comme pathologiques.

Quels sont les TCA les plus fréquents ?

Les troubles du comportement alimentaire les plus fréquents sont l’anorexie mentale, la boulimie et l’hyperphagie boulimique.

Tu cherches des solutions et traitements pour les TCA ? Lis aussi que faire en cas de trouble du comportement alimentaire.

Quels sont les symptômes des TCA les plus fréquents ?

Les troubles du comportement alimentaire les plus fréquents se manifestent par une combinaison de comportements et de symptômes psychologiques qui peuvent être difficiles à identifier car ils sont souvent cachés. 

Voici les grandes catégories de symptômes pour les TCA les plus fréquents : 

  • Comportements restrictifs
  • Crises de boulimie
  • Comportements compensatoires
  • Exercice excessif
  • Autres comportements de contrôle du poids
  • Comportements de vérification corporelle
  • Autres comportements liés à l’alimentation
  • Symptômes psychologiques

Comportements restrictifs

Ces comportements visent à contrôler l’apport alimentaire. Ils incluent la réduction des portions, le jeûne, l’évitement de certains aliments, des règles alimentaires strictes et des rituels autour des repas. Les personnes atteintes peuvent aussi éviter les repas sociaux. Ces attitudes sont fréquemment dissimulées par des excuses comme un « manque d’appétit » ou des « nausées ».

Crises de boulimie

Les crises de boulimie sont caractérisées par l’ingestion d’une grande quantité de nourriture avec une perte de contrôle. Elles sont à suspecter chez les personnes qui, de manière paradoxale, prennent du poids malgré une consommation alimentaire faible ou normale lors des repas habituels.

Comportements compensatoires

Ces comportements suivent une prise alimentaire perçue comme excessive et sont de deux types :

  • Purgatifs : vomissements auto-induits, abus de laxatifs ou de diurétiques. Ces comportements sont souvent cachés.
  • Non purgatifs : restriction alimentaire sévère ou exercice physique excessif.

Exercice excessif

L’activité physique devient intense, fréquente et compulsive. Elle interfère avec la récupération physique et la vie sociale de la personne.

Autres comportements de contrôle de poids

Ces comportements incluent la modification de la consommation de liquides, l’abus d’édulcorants, de stimulants (caféine, tabac) ou de compléments (protéines, créatine) dans le but de gérer le poids.

Comportements de vérification corporelle

Les personnes peuvent se livrer à des pesées fréquentes, un examen obsessionnel de certaines parties du corps, des comparaisons avec autrui, ou, à l’inverse, un évitement total du miroir.

Les symptômes des troubles du comportement alimentaire sont nombreux bien que par toujours évidents à constater car souvent dissimulés par la personne souffrant de la maladie.

Autres comportements liés à l’alimentation

On observe souvent le comptage obsessionnel des calories, la dissimulation ou le jet de nourriture, des mensonges concernant l’alimentation, ou encore la préparation de repas pour d’autres sans y prendre part soi-même.

Symptômes psychologiques

Les TCA s’accompagnent de symptômes psychologiques tels que l’irritabilité, une baisse de l’humeur, l’isolement social, une anxiété accrue (particulièrement autour des repas), une forte autocritique, des difficultés de concentration, et dans les cas les plus graves, des pensées suicidaires.

Quelles sont les comorbidités des TCA ?

Selon Martine Flament, psychiatre et professeure adjointe à l’université d’Ottawa au Canada, plus de 70% des personnes ayant un TCA ont des comorbidités.

Comorbidité, kézako ?

En médecine, la comorbidité fait référence à la présence d’un ou plusieurs troubles supplémentaires chez un individu, qui surviennent en même temps qu’une maladie principale, appelée le diagnostic principal.

Par exemple, une personne est hospitalisée pour anorexie chronique. L’anorexie est donc, dans ce cas, le diagnostic principal. Si cette même personne souffre également d’un trouble dépressif et d’un trouble obsessionnel compulsif, ces deux derniers seraient considérés comme des comorbidités.

Voici les comorbidités que l’on retrouve fréquemment chez les personnes souffrant de troubles des conduites alimentaires : 

  • Trouble dépressif 
  • Trouble anxieux 
  • Trouble obsessionnel compulsif
  • Troubles bipolaires
  • Déficit de l’attention avec hyperactivité
  • Troubles liés à l’usage de substances (alcool, tabac, substances illicites)
  • Conduites impulsives multiples
  • Comportements d’automutilation
  • Troubles de la personnalité (personnalité obsessionnelle compulsive, personnalité borderline…)

Qui est atteint de trouble du comportement alimentaire ?

Selon une étude datant de 2020, les troubles du comportement alimentaire apparaissent le plus souvent pendant l’adolescence, bien qu’on observe une hausse des diagnostics chez les jeunes enfants

L’anorexie mentale se déclare typiquement au début ou au milieu de l’adolescence, tandis que la boulimie tend à apparaître un peu plus tard. L’hyperphagie boulimique peut se manifester autour de 13-14 ans ou plus tard, vers 18-20 ans. 

Historiquement plus fréquents chez les femmes, les cas de TCA sont de plus en plus diagnostiqués chez les hommes.

Quelles en sont les causes ?

Une revue systématique de 2023 a identifié 9 grands facteurs de risque des TCA. Les facteurs de risque peuvent être des causes directes de la maladie ou de simples corrélations.

Quoi qu’il en soit, les chercheurs précisent dans leur étude que les TCA sont généralement le résultat d’une diversité de facteurs à risque. Autrement dit, c’est rarement un seul facteur qui explique le problème !

Les 9 facteurs à risque des TCA sont : 

  • La génétique 
  • Le microbiote
  • Les traumas de l’enfance 
  • Les traits de personnalité et les troubles mentaux 
  • Le genre et l’identité 
  • La situation socio-économique 
  • L’ethnicité 
  • L’image corporelle et l’influence sociale
  • Le sport de haut niveau

L’héritage génétique

Il semble que nos gènes jouent un rôle non négligeable dans la prédisposition aux TCA.

Par exemple, le risque de développer un TCA est plus de deux fois plus élevé si l’un des parents a des antécédents de ce type de trouble. Plus précisément, le risque d’anorexie est 11 fois plus élevé, celui de boulimie 9,6 fois plus élevé, et celui d’hyperphagie boulimique 2,2 fois plus élevé si un membre de la famille est déjà atteint.

Le ventre : un deuxième cerveau influençant l’assiette ?

Des recherches récentes s’intéressent de plus en plus au rôle du microbiote gastro-intestinal, c’est-à-dire l’ensemble des bactéries qui vivent dans notre intestin. On pense que certaines protéines produites par ces bactéries pourraient perturber la régulation de l’appétit et de la satiété.

Par exemple, une protéine produite par une bactérie courante (E. Coli) pourrait imiter une hormone de la satiété, le peptide YY, qui est plus élevée chez les personnes atteintes d’anorexie mentale. Cela suggère que des infections intestinales ou des inflammations chroniques pourraient être des facteurs de risque. De plus, avoir une maladie auto-immune ou auto-inflammatoire (comme la maladie de Crohn, le diabète ou la maladie cœliaque) est fortement associé à un risque accru de boulimie et de TCA non spécifiés, et dans une moindre mesure, d’anorexie mentale.

Ce domaine de recherche est encore nouveau et nécessite plus d’études pour confirmer ces liens.

Les premières années de vie : un impact durable

Nos expériences précoces, dès la vie intra-utérine et tout au long de l’enfance et de l’adolescence, peuvent laisser des traces. Une exposition élevée à certaines hormones (testostérone, cortisol) ou à des substances pendant la grossesse est liée à un risque accru de TCA. Le poids à la naissance semble aussi avoir un rôle : un poids élevé est associé au trouble d’hyperphagie boulimique, tandis qu’un faible poids est lié à l’anorexie.

Au-delà de la naissance, les attentes maternelles élevées concernant le poids et les attitudes parentales négatives à ce sujet sont des facteurs de risque.

C'est quoi le trouble du comportement alimentaire ?

La qualité des relations familiales est également importante ; les personnes atteintes d’anorexie ou de boulimie rapportent souvent des relations parentales moins chaleureuses ou moins connectées émotionnellement que leurs frères et sœurs en bonne santé.

Enfin, les traumatismes (comme la négligence, les abus émotionnels ou sexuels) sont des facteurs de risque bien établis, particulièrement pour les TCA caractérisés par des crises de boulimie et des purges. Il est probable que ce lien soit sous-estimé, car les traumatismes sont souvent difficiles à avouer.

Traits de personnalité et problèmes psychiques

Certains traits de personnalité sont plus fréquents chez les personnes atteintes de TCA. Le perfectionnisme est courant dans l’anorexie et la boulimie. L’obsessionnalité est fortement associée à l’anorexie. L’impulsivité ainsi qu’une mauvaise gestion des émotions sont souvent présentes dans les troubles avec crises de boulimie et purges.

De plus, les TCA vont souvent de pair avec d’autres troubles psychiques. Les troubles de l’humeur (comme la dépression) et les troubles anxieux sont les comorbidités psychiatriques les plus courantes. Par exemple, la dépression majeure touche plus de 75 % des personnes ayant des TCA avec crises de boulimie/purges. Il y a aussi des preuves solides que la présence d’un trouble anxieux durant l’enfance (comme le trouble obsessionnel compulsif – TOC) peut précéder l’apparition d’un TCA plus tard dans la vie. D’autres problèmes comme le trouble de stress post-traumatique (TSPT), le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) ou le trouble du spectre de l’autisme (TSA) peuvent également augmenter le risque de TCA.

Le rôle du genre et de l’identité

Historiquement, les TCA ont été plus souvent diagnostiqués chez les femmes, et les facteurs de risque comme la puberté précoce ou les préoccupations concernant le poids et la forme corporelle semblent avoir un impact plus fort sur elles. Cependant, il est important de noter que les diagnostics chez les hommes sont en augmentation. 

De plus, des recherches récentes montrent que les personnes appartenant aux groupes LGBTQI+ sont également plus à risque de développer des symptômes de TCA et des troubles de l’image corporelle par rapport aux personnes hétérosexuelles.

La situation socio-économique

Le niveau de revenu semble avoir un impact limité sur le risque global de TCA. Cependant, certains aspects liés au statut socio-économique ont une influence : un niveau d’éducation plus élevé est associé aux comportements restrictifs (comme dans l’anorexie), tandis que l’insécurité alimentaire (le fait de ne pas avoir un accès suffisant à une nourriture saine) est associée à des épisodes plus fréquents d’hyperphagie.

L’appartenance à une minorité ethnique

Des études américaines ont mis en évidence des liens uniques entre certaines minorités ethniques et des aspects spécifiques des TCA.

Par exemple, des taux plus élevés de trouble d’hyperphagie boulimique ont été observés chez les afro-américains, et une plus grande intériorisation de l’idéal de minceur chez les asiatiques basés aux Etats-Unis.

Il est essentiel de mener davantage de recherches auprès de groupes ethniquement diversifiés pour mieux comprendre ces dynamiques.

L’image corporelle et l’influence de la société

Les préoccupations concernant l’image corporelle sont un facteur de risque majeur des TCA. Une forte insatisfaction corporelle et l’intériorisation de l’idéal de minceur (c’est-à-dire l’adoption de la minceur comme idéal de beauté) sont des prédicteurs connus de l’apparition des TCA. L’exposition à cet idéal de minceur, que ce soit via les médias traditionnels (magazines, télévision) ou les réseaux sociaux, est associée à un risque accru de TCA, et cette influence semble toucher autant les hommes que les femmes.

Le sport de haut niveau et l’exercice physique

L’implication dans les sports de haut niveau est un facteur de risque potentiel de comportements alimentaires problématiques, tant chez les athlètes masculins que féminins. Dans ces milieux, la pression pour maintenir un certain poids ou une certaine performance peut être énorme.

Au-delà du sport de haut niveau, l’exercice physique excessif, pratiqué de manière compulsive et interférant avec la vie quotidienne, est également un facteur de risque important chez la population générale.

Il reste du chemin à parcourir

Il est clair que les TCA sont le résultat d’une interaction complexe de nombreux facteurs. Cependant, il est important de souligner que la recherche doit encore progresser pour mieux comprendre comment ces facteurs interagissent entre eux.

Par exemple, comment une prédisposition génétique réagit-elle à un environnement social qui valorise la minceur ? Et est-ce que certains facteurs sont la cause directe d’un TCA, ou sont-ils simplement des signes qui apparaissent en même temps que la maladie ?

Même si nous avons fait d’énormes progrès dans la compréhension des TCA, il reste encore beaucoup à faire pour démêler cette complexité. 

Test : suis-je concerné.e par un TCA ?

Pour les personnes qui pensent avoir un TCA, il existe plusieurs tests en ligne dont le questionnaire SCOFF.

Toutefois, si ce questionnaire ne révèle pas de TCA chez toi, mais que tu considères avoir une relation perturbée à l’alimentation, il est bienvenu d’en parler à ton médecin ou psy, afin de bénéficier d’un accompagnement et soutien adapté.

Pour aller plus loin 🚀

Toi ou un proche a cette maladie ? Tu te demandes quoi faire en cas de TCA ? Je t’invite à lire cet autre article :

Trouble du comportement alimentaire : conseils et ressources 

Tu y trouveras des conseils sur les traitements ainsi que les spécialistes à consulter.