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Article rédigé par Margaux Damain, rédactrice spécialisée en santé mentale et vulgarisation scientifique.

Avez-vous l’impression de devoir tout anticiper, tout vérifier, tout tenir ? Cette fatigue de vouloir garder la main sur chaque détail de votre vie, vous n’êtes pas seul(e) à la ressentir. “Lâche prise” : le conseil est facile à donner, mais personne ne vous explique vraiment comment lâcher prise et profiter de la vie, ni pourquoi c’est si difficile.

Dans cet article, on va d’abord comprendre ce qui se cache derrière cette difficulté, et spoiler : ce n’est presque jamais un manque de volonté, mais une peur qu’on n’a pas encore identifiée. Ensuite, on décortique pourquoi c’est difficile de lâcher prise. Enfin, direction les techniques concrètes, du corps au mental. Et surtout, on vous rappelle une chose essentielle : ce travail demande du temps, de la patience, et beaucoup de compassion envers vous-même.

Au programme : 

Qu’est-ce que le lâcher-prise, au juste ?

En psychologie, le lâcher prise est une compétence qui permet un mieux-être au quotidien. Concrètement, il s’agit d’apprendre à modifier son rapport à soi et au monde en renonçant au besoin de tout contrôler et maîtriser.

Une définition simple et concrète

Selon la psychologie contemporaine, le lâcher-prise repose sur quatre piliers :

  • Une acceptation active : lâcher prise ne signifie pas subir la réalité, mais reconnaître et accepter qu’elle n’est pas toujours comme on le souhaite.
  • La flexibilité psychologique : cela signifie aussi être capable de continuer d’agir selon ses valeurs et ses désirs, même quand des pensées ou des émotions douloureuses surgissent. C’est être capable de vivre sans que les souvenirs douloureux du passé dictent nos choix futurs ; sans que la peur, la culpabilité ou encore la colère nous empêchent de vivre selon nos désirs profonds.
  • Un changement de mode : lâcher prise signifie aussi passer du mode “faire” (chercher des solutions, lutter) au mode “être” (accueillir ce qui se présente).
  • Une distanciation cognitive : quand on apprend à lâcher prise, on apprend à voir ses pensées comme de simples mots, ou encore des nuages qui passent dans le ciel, plutôt que comme des vérités absolues. Autrement dit, on apprend à se détacher de l’emprise émotionnelle contraignante que certaines pensées peuvent avoir sur nous (“Je suis bon à rien”, “Je n’ai pas le droit à l’erreur”, “Je n’ai pas le choix que d’agir de telle manière ou de gérer telle chose”…).

« Donnez-moi la sérénité d’accepter ce que je ne peux changer, le courage de changer ce que je peux, et la sagesse de connaître la différence. »

Cette phrase, connue sous le nom de prière de la sérénité, résume bien l’esprit du lâcher-prise : ce n’est pas tout accepter en bloc, ni tout contrôler. C’est apprendre à distinguer ce qui dépend de nous… et ce qui n’en dépend pas. Et par conséquent, à choisir judicieusement là où mettre votre énergie.

Ce que le lâcher prise n’est pas

Pour éviter les confusions les plus courantes :

  • Ce n’est pas de la résignation : la résignation est un abandon passif et triste. Le lâcher-prise, lui, est un choix délibéré de cesser une lutte qu’on considère inutile.
  • Ce n’est pas l’oubli : on ne cherche pas à effacer un souvenir douloureux, mais à se libérer de son emprise émotionnelle sur nos décisions présentes. On cherche à vivre avec son passé plutôt qu’à lutter contre.
  • Ce n’est pas du refoulement : vouloir ne plus penser à quelque chose produit souvent l’effet inverse. Lâcher prise, c’est laisser la pensée exister, sans s’y accrocher et sans qu’elle n’influence notre comportement. C’est passer de “Je ne dois pas penser à ça” à “Ok, je constate que j’ai cette pensée et je décide de ne pas lui accorder de l’importance” ou encore “J’ai cette pensée et je suis conscient(e) qu’elle ne me définit pas”. On n’est donc pas dans le déni, mais dans le détachement.
  • Ce n’est pas du déni : le déni refuse la réalité. Le déni est un mécanisme de protection lorsqu’on n’est pas prêt à reconnaître la réalité. Et c’est parfois nécessaire. Toutefois, quand on est prêt(e), on commence à reconnaître la réalité, à la voir telle qu’elle est. Et le lâcher prise commence justement par cette reconnaissance des faits.

Deux exemples pour mieux comprendre

Jacques et l’exigence de perfection. Avant de prendre la parole devant ses collègues, Jacques veut que chaque phrase soit parfaite. Résultat : plus il se surveille, plus sa communication devient rigide et confuse. Pour lui, lâcher prise ne veut pas dire arrêter de préparer ses interventions. Cela veut dire renoncer à l’exigence d’une communication sans faille, accepter de pouvoir bafouiller ou paraître imparfait. C’est justement cette acceptation qui libère ses ressources mentales, et lui permet, paradoxalement, de mieux communiquer.

Marie et le rapport au corps. Lors d’un exercice thérapeutique dans le cadre d’un mémoire de recherche en psychologie, on demande à Marie de se concentrer sur une partie de son corps qu’elle n’aime pas. Une résistance immense surgit : accepter ce défaut, pour elle, revient à admettre que “ça sera toujours comme ça”. Elle réalise pourtant que sa lutte permanente contre son image lui cause plus de souffrance que son corps lui-même. Lâcher prise, pour Marie, ce n’est pas renoncer à changer. C’est cesser de rejeter sa réalité physique actuelle ; qui est la condition nécessaire pour sortir du conflit intérieur.

Une femme se regarde dans le miroir, scrute les moindres "défauts" de son corps car elle a du mal à accepter ses formes et à lâcher prise sur la souffrance que ses pensées génèrent

Pourquoi est-ce si difficile de lâcher prise ?

Lâcher prise est difficile, car ce n’est pas une question de volonté. C’est le résultat de plusieurs mécanismes qui s’entremêlent : biologiques, cognitifs, sociaux et identitaires. Dans votre apprentissage du lâcher prise, intégrez aussi la patience et la compassion envers vous-même. C’est normal que cela prenne du temps !

Voici 5 raisons qui expliquent la difficulté à lâcher prise.

Le cerveau privilégie la sécurité et le connu à l’inconnu

Le cerveau est programmé pour repérer les menaces et préférer le connu (même inconfortable) à l’inconnu.

Face à une incertitude ou un souvenir douloureux, l’amygdale agit comme un signal d’alarme émotionnel : cette partie de votre cerveau déclenche un signal de peur avant même que la pensée consciente ait eu le temps de réagir. C’est la raison pour laquelle vous allez sursauter à la vue d’un serpent… avant même de réaliser que c’était en fait un bout de bois ! Dans ce cas, l’amygdale réagit avant le cortex préfrontal. C’est cette réaction rapide grâce à l’amygdale qui vous aurait sauvé la vie si vous étiez vraiment face à un serpent.

Dans le cas du lâcher prise, le cortex préfrontal va calmer cette alarme automatique. Raisonner une peur demande donc un véritable effort mental.

Le passé pèse souvent lourd

On préfère parfois rester attaché à ce qu’on a déjà investi (une relation, un projet, une carrière…) pour ne pas avoir l’impression d’avoir “perdu son temps”.

Il s’agit ici d’un biais cognitif qui porte le nom de biais des coûts irrécupérables. Un biais cognitif est une distorsion inconsciente qui influence nos décisions sans qu’on en ait conscience. Dans le cas du biais des coûts irrécupérables, on est tenté de continuer à s’investir dans une chose, non pas parce que la situation est bonne pour nous, mais parce qu’on y a déjà investi trop de temps et d’énergie pour reconnaître que ça ne fonctionne pas et lâcher l’affaire. 

On n’apprend pas toujours à réguler nos émotions

Lutter contre une émotion, c’est chercher à la faire taire et s’en distraire par l’intellectualisation, l’analyse et la rumination. Le problème, c’est que plus on résiste, plus cette émotion se manifeste. Pourquoi ? Parce qu’une émotion, aussi inconfortable soit-elle, détient une information sur nos besoins.

La régulation émotionnelle consiste à écouter cette émotion : ressentir l’émotion inconfortable, la nommer avec précision (“je ressens de la culpabilité / de la colère / une profonde tristesse”), puis comprendre les besoins qui se cachent derrière cette émotion et enfin choisir d’agir en conséquence ou non, de manière réfléchie (plutôt que de réagir de manière impulsive). C’est justement cette capacité à réguler qui ouvre la porte au lâcher-prise : on arrête de combattre l’émotion, on comprend qu’il s’agit d’une information sur ses besoins profonds et on fait des choix plus éclairés. 

On se dit que contrôler = prévenir la souffrance

Ce besoin prend souvent racine dans une histoire personnelle : une enfance marquée par l’instabilité, les conflits, des parents imprévisibles ou perfectionnistes, ou un traumatisme, où l’on a appris que “maîtriser = éviter la douleur”.

Ce réflexe de protection, utile à l’époque, devient une armure rigide à l’âge adulte. Même quand la situation présente est sûre, le corps garde en mémoire le stress vécu autrefois : le système nerveux continue d’agir comme si le danger était encore là.

La société valorise le « faire »

Lâcher prise est encore trop souvent confondu avec la passivité, voire la faiblesse.

Autrement dit : derrière chaque difficulté à lâcher prise, il y a presque toujours une peur. Rappelez vous que vous n’êtes pas le ou la seule à avoir des difficultés à lâcher prise. La bonne nouvelle : c’est une compétence que vous pouvez acquérir, en faisant preuve de patience et de compassion. Nous allons y venir.

Pourquoi et quand lâcher prise ?

Les bénéfices sur la santé physique et mentale

Lâcher prise produit des effets mesurables. En cessant de lutter contre ce qu’on ne contrôle pas, on réduit le stress chronique (et donc les risques cardiaques, immunitaires et dépressifs).

Des études cliniques sur le lâcher prise thérapeutique dans un contexte de cure thermale montrent une réduction de 73 % des scores d’anxiété, une amélioration de 50 % du sommeil et jusqu’à 41 % de réussite dans le sevrage de certains médicaments comme les benzodiazépines (prescrits pour traiter les anxiétés sévères et insomnies). Sur le plan cognitif, moins de contrôle signifie plus de ressources pour la concentration, la créativité, et l’accès à l’état de flow, c’est-à-dire un état de pleine présence dans une activité qui nous procure du plaisir.

Quand lâcher prise : la checklist pour vous auto-évaluer

Le corps et l’esprit envoient des signaux clairs quand le trop-plein de contrôle sature le système.

La checklist pour vous auto-évaluer  ⬇️

Signaux physiques

  • Tensions musculaires persistantes (nuque, épaules)
  • Maux de tête fréquents, troubles digestifs
  • Une fatigue que le repos ne répare plus

Signaux émotionnels et cognitifs

  • Ruminations qui empêchent de dormir (« le petit hamster »)
  • Brouillard mental, difficultés de concentration
  • Une perte de sens face à ses engagements

Signaux comportementaux et sociaux

  • Irritabilité, colères disproportionnées face aux imprévus
  • Tendance à éviter les interactions sociales

Plusieurs cases cochées ? C’est peut-être le signal qu’il est temps d’agir.

Quelques exemples de moments où le lâcher prise est indispensable : 

  • Le lâcher-prise est ce qui permet de désamorcer une spirale de burn-out avant l’effondrement, car cela consiste alors à admettre ses limites plutôt que de forcer encore. 
  • C’est également un outil stratégique : quand un projet ou une relation est devenue une corvée qu’on poursuit par peur (peur du jugement, peur d’être seul(e)…) plutôt que par conviction, se demander alors si cela nourrit encore ses valeurs profondes aide à distinguer la vraie persévérance de l’obstination inutile.
Le témoignage de Christie sur son burn out et sa reconstruction à écouter sur Spotify, Deezer, Apple Podcasts...

Comment lâcher prise : les techniques concrètes

Le lâcher-prise ne se décrète pas, il se pratique. Voici un éventail de techniques, des pratiques corporelles au travail de fond, à tester pour trouver ce qui fonctionne pour vous.

Passer par le corps pour apaiser l’esprit

Tension musculaire et tension psychique fonctionnent en miroir : détendre l’un aide à relâcher l’autre. 

  • La respiration ventrale, socle de toute pratique anti-stress. Exemple concret avec la cohérence cardiaque : inspirez 5 secondes par le nez, expirez 5 secondes par la bouche, pendant plusieurs minutes, plusieurs fois par jour si besoin. Pour un effet encore plus sécurisant et relaxant, vous pouvez essayer la technique 4-6 : 4 secondes sur l’inspiration, et 6 secondes sur l’expiration. Testez et voyez ce qui vous parle le plus !
  • La méthode Jacobson : contracter volontairement un groupe musculaire (bras, épaules…) puis le relâcher brusquement, pour apprendre à repérer (et faire disparaître) ses tensions.
  • Le training autogène de Schultz : se concentrer successivement sur des sensations de lourdeur, de chaleur ou de rythme cardiaque, pour amener le corps à se déconnecter du mode alerte.
  • La sophrologie : détendre alternativement 5 zones du corps, de la tête aux pieds ; une pratique en position assise, même au bureau ou dans les transports.

🧘 Zoom sur le yoga. En associant posture, respiration et pleine conscience, le yoga fonctionne comme un entraînement régulier au lâcher-prise. Une compétence qui, avec la pratique, se transpose à d’autres situations du quotidien.

Recadrer ses pensées

Ici, l’objectif n’est pas de faire taire ses pensées, mais de changer la relation qu’on entretient avec elles.

  • La défusion cognitive (issue de la thérapie ACT) : concrètement, il s’agit d’apprendre à ne plus “fusionner” avec ses pensées ; c’est-à-dire arrêter de les prendre pour des faits, arrêter de leur donner autant d’importance. Remplacer par exemple “tout va s’effondrer” par “je remarque que j’ai la pensée que tout va s’effondrer” crée une distance : la pensée n’est plus “moi” ou “la réalité”, c’est un événement mental parmi d’autres, qui passe. Cette distance suffit souvent à réduire son pouvoir émotionnel : on peut l’observer, sans se laisser embarquer par elle. Témoignage de Pauline : happée par un discours intérieur dévalorisant (“je suis nulle”), Pauline a appris à identifier ses pensées comme de simples événements mentaux grâce à un travail sur le non-jugement. “C’est une pensée, ça veut dire que je la regarde, je prends du recul par rapport à la chose”, explique-t-elle. Cette distanciation l’a aidée à ne plus se laisser dominer par ses émotions.

  • L’exercice “Et si c’était OK ?” : face à un blocage, trouver 5 raisons pour lesquelles la situation pourrait être acceptable telle qu’elle est. Exemple : votre train a du retard et vous ratez un rendez-vous important. Plutôt que de ruminer, cherchez 5 raisons pour lesquelles ça pourrait être acceptable : ça vous laisse le temps de reprogrammer un échange plus posé, ça vous donne 20 minutes pour souffler…

  • L’exercice “Et alors ?” : noter ses imperfections du jour et ajouter systématiquement “et alors ?”, pour désamorcer le perfectionnisme.

  • S’exposer à l’incertitude, petit à petit : commander au restaurant sans regarder le menu, laisser quelqu’un d’autre choisir le film, ne pas vérifier la météo avant de sortir. Se lancer ces petits défis régulièrement agit comme un entraînement progressif : à chaque fois que l’incertitude ne débouche pas sur une catastrophe, le cerveau enregistre que l’inconnu n’est pas forcément dangereux. Avec la répétition, vous apprenez à vous adapter au changement, la tolérance à l’incertitude augmente, et par conséquent le besoin de tout anticiper diminue.

Des méthodes créatives et symboliques

Ces outils permettent de vivre le lâcher-prise de façon plus sensorielle, quand les mots ne suffisent pas.

  • Le dessin de l’attachement : représenter graphiquement votre peur ou votre besoin de contrôle, puis raturer ou transformer le dessin pour symboliser le changement.
  • La danse du contraste : danser d’abord en contrôlant chaque mouvement, puis se lâcher totalement sur un second morceau, pour ressentir physiquement la différence.
  • Les bonhommes allumettes : dessiner les liens qui vous rattachent à une situation ou une personne, puis couper la feuille en deux pour symboliser la rupture du lien émotionnel.
  • Le panier à soucis : écrire vos ruminations du soir sur un papier et les déposer dans une boîte, en se disant : “ce souci n’a plus besoin de vivre dans ma tête cette nuit”.

Un travail de fond pour un changement durable

Ces pratiques demandent plus de temps, mais ancrent le lâcher-prise dans la durée.

  • Distinguer valeurs et objectifs. Prenons un exemple professionnel : L’objectif serait “décrocher telle promotion” ; la valeur qui se cache derrière pourrait être “être reconnu(e) pour la qualité de mon travail” ou “avoir un impact réel sur mon équipe”. Tant qu’on reste focalisé sur l’objectif, qui est un résultat figé, en partie hors de notre contrôle (décision d’un tiers, contexte économique…), chaque obstacle est vécu comme un échec. En se recentrant sur la valeur, qui ne dépend que de soi et de ses actions quotidiennes, on peut continuer à avancer sereinement, même si le résultat final nous échappe en partie. C’est cette bascule, d’une logique de résultat à une logique d’intention, qui allège la pression et facilite le lâcher-prise.

  • Le voyage en 2046 : s’imaginer 20 ans plus tard, en train de regarder son souci actuel. Quelle importance aura-t-il vraiment ?

  • L’introspection stoïcienne, inspirée de Sénèque : faire chaque soir un bilan honnête de ses réactions de la journée, mais sans vous juger ! Quelques questions pour guider ce bilan : “Ai-je laissé la peur / la colère / la culpabilité… dicter mes choix aujourd’hui ?”, “Comment puis-je faire mieux demain ?”

  • La marche sans but : se promener sans destination, en laissant le corps choisir le chemin à chaque croisement. C’est une façon d’interrompre les automatismes de contrôle et de laisser l’intuition reprendre sa place.

Important 🙏

Le lâcher-prise est un apprentissage progressif. Il ne s’agit pas de sauter dans le vide sans filet, mais de remplacer, petit à petit, un réflexe de contrôle par un comportement plus souple.

Une dernière chose avant de continuer : ce travail demande de la patience et surtout, de la compassion envers soi-même quand on n’y arrive pas tout de suite. Si le besoin de contrôle devient handicapant au quotidien (stress récurrent, relations qui se détériorent…), l’accompagnement d’un thérapeute peut être une aide précieuse pour avancer plus efficacement.

Vivre le lâcher prise au quotidien : la patience avant la performance

Pourquoi ça prend du temps

Le lâcher-prise n’est pas un simple choix volontaire. C’est une véritable rééducation, à la fois psychologique et biologique. Nos cerveaux sont programmés pour anticiper les dangers et garder le contrôle : cesser de contrôler est d’abord perçu par le système nerveux comme une mise en danger.

Modifier ce fonctionnement demande de créer de nouveaux circuits neuronaux, par la répétition. C’est donc un “recâblage” qui prend du temps, pas un déclic. Et paradoxalement, se forcer à lâcher prise crée une nouvelle forme de pression qui renforce la tension initiale. Le vrai changement commence donc par accepter la durée du processus, et par traverser (et non pas éviter) les émotions inconfortables qu’il fait remonter.

Le rôle essentiel de l’auto-compassion

La bienveillance envers soi-même est souvent le véritable point de départ du lâcher-prise. L’autocritique et l’exigence de perfection entretiennent un cercle vicieux de frustration et de culpabilité : la compassion permet de le briser.

Les personnes bienveillantes envers elles-mêmes restent aussi plus engagées dans leur pratique, car elles ne vivent plus leurs difficultés comme des échecs personnels. Cette sécurité intérieure permet au cerveau de se sentir en sécurité sans avoir besoin de tout verrouiller, et de consentir à ressentir, sans lutter.

🗣️ Témoignage — Mara : “L’accompagnement thérapeutique m’a appris à être plus bienveillante envers moi-même. C’était justement un peu le problème principal que j’avais avant de commencer [cet accompagnement]”, raconte-t-elle. Pour elle, la bienveillance envers soi n’était pas un détail : c’était la difficulté de fond. Un accompagnement professionnel l’a aidée à identifier ce blocage et à commencer à travailler dessus.

Quand consulter un thérapeute ?

Certains signaux méritent d’être pris au sérieux :

  • Un stress qui perturbe votre quotidien depuis plus de deux semaines
  • Une anxiété constante, des troubles du sommeil chroniques
  • Le sentiment d’être “coincé(e)”, incapable d’avancer malgré votre volonté
  • Une fatigue profonde que le repos ne répare plus
  • Une détresse psychique ou physique intense

Un professionnel (psychologue, psychiatre) peut vous aider à identifier les causes profondes de votre besoin de contrôle, avec des outils structurés comme la thérapie cognitivo-comportementale (TCC), la thérapie d’acceptation et d’engagement (ACT) ou encore l’hypnose.

Ce qu’il faut retenir

Lâcher prise, ce n’est pas abandonner, ni cesser de vous soucier de ce qui compte pour vous. C’est apprendre, petit à petit, à distinguer ce qui dépend de vous de ce qui ne dépend pas de vous. C’est apprendre petit à petit à cesser de lutter contre ce qui est hors de votre contrôle ou influence. C’est apprendre à investir votre énergie au bon endroit.

Ce qu’on a vu ensemble :

  • Derrière chaque difficulté à lâcher prise se cache presque toujours une peur (pas un manque de volonté)
  • Les techniques ne manquent pas : respiration, recadrage des pensées, rituels symboliques, travail de fond… à vous de tester et d’identifier ce qui vous correspond
  • Ce travail prend du temps. C’est une rééducation, pas un déclic
  • La compassion envers vous-même est le vrai point de départ, bien avant la technique parfaite
  • Enfin, l’aide d’un thérapeute est dans certains cas nécessaire : quand votre besoin de contrôle crée un stress permanent ou encore qu’il abîme vos relations.

FAQ

Quelles sont les techniques pour lâcher prise ?

Il existe quatre grandes familles de techniques : corporelles (respiration, relaxation, yoga), mentales (recadrage des pensées), créatives (rituels symboliques) et un travail de fond (valeurs, introspection). La respiration ventrale ou la méthode Jacobson détendent le corps ; la défusion cognitive aide à prendre du recul sur ses pensées ; des exercices comme le panier à soucis permettent de symboliser le lâcher-prise ; un travail plus profond (distinguer valeurs et objectifs, introspection stoïcienne) ancre la pratique dans la durée. L’idée est de tester plusieurs approches pour trouver celles qui vous conviennent.

Quelles sont les 7 clés du lâcher-prise ?

Il s’agit du titre d’un ouvrage de référence de la psychologue Colette Portelance, qui décrit le lâcher-prise comme un processus en 7 étapes, de la prise de conscience jusqu’au passage à l’action. Ces étapes vont de la compréhension de sa situation et de ses réactions, à l’acceptation de la réalité telle qu’elle est, en passant par l’écoute du corps, le lâcher-prise à proprement parler (cesser de vouloir tout contrôler), la reconnexion à son intuition, la prise de décision, et enfin le passage à l’action. Ce cadre est une porte d’entrée pratique, mais il n’existe pas de méthode universelle : chacun avance à son rythme.

Comment vivre le lâcher-prise au quotidien ?

En acceptant que ce soit un apprentissage progressif, pas un déclic ; et en pratiquant la compassion envers vous-même. Le cerveau a besoin de temps pour créer de nouveaux réflexes. Et se forcer à lâcher prise produit souvent l’effet inverse. Ne brusquez rien ! Intégrer de petites pratiques régulières (respiration, recadrage de pensées, rituels du soir) est plus efficace qu’un changement brutal. Si le besoin de contrôle devient handicapant, un accompagnement professionnel peut aider.

C'est quoi la méthode 5-4-3-2-1 ?

C’est une technique d’ancrage sensoriel qui aide à sortir d’une pensée envahissante en sollicitant vos 5 sens : 5 choses que vous pouvez voir là où vous êtes, 4 que vous pouvez toucher, 3 que vous pouvez entendre, 2 que vous pouvez sentir et 1 que vous pouvez goûter. En engageant plusieurs sens, cet exercice crée des signaux neuronaux concurrents qui interrompent la réponse anxieuse et aident le cortex préfrontal à reprendre le dessus sur l’amygdale, qui est le “centre d’alarme” du cerveau. Idéale en cas de pic de stress ou d’angoisse, elle se pratique n’importe où, en quelques minutes.

Quel est l'anti-stress le plus efficace ?

Il n’existe pas une seule technique validée comme “la plus efficace” pour tout le monde, mais la cohérence cardiaque (une respiration lente et régulière) fait partie des mieux documentées scientifiquement pour un apaisement rapide. Des études montrent qu’elle réduit significativement le niveau de cortisol, l’hormone du stress. Il faut toutefois rester prudent : certaines affirmations concernant ses bénéfices sont parfois exagérées par rapport à l’état actuel des connaissances scientifiques. Le plus efficace reste souvent une combinaison de techniques pratiquées régulièrement, plutôt qu’une solution miracle isolée.

Quels sont les exercices pour lâcher prise ?

Parmi les plus accessibles : la cohérence cardiaque, la défusion cognitive, l’exposition à l’incertitude et le panier à soucis. La cohérence cardiaque (inspirer 5 secondes, expirer 5 secondes, pendant 5 minutes) calme le système nerveux. La défusion cognitive consiste à reformuler ses pensées pour s’en détacher (changer “tout va s’effondrer” par “je remarque que j’ai la pensée que tout va s’effondrer”). S’exposer à de petites incertitudes du quotidien augmente votre tolérance à l’imprévu. Le panier à soucis permet de “déposer” ses ruminations dans une boîte avant de dormir.

Comment avoir des pensées plus positives ?

Il ne s’agit pas de forcer la positivité, car vouloir “penser positif” à tout prix peut devenir une nouvelle forme de pression. Il s’agit plutôt d’apprendre à prendre du recul sur ses pensées L’approche la plus efficace consiste à observer ses pensées sans s’y identifier. Remplacez par exemple “Je suis bon à rien” par “je remarque que j’ai la pensée que je suis bon à rien”. Les psychologues parlent alors de défusion cognitive : cette mise à distance de la pensée réduit son pouvoir émotionnel.

Pourquoi ai-je du mal à lâcher prise ?

Ce n’est pas un manque de volonté. Le lâcher prise est difficile pour de nombreuses personnes car plusieurs mécanismes s’entremêlent : biologiques, cognitifs, sociaux et personnels.

  • Votre cerveau privilégie la sécurité : face à l’incertitude, l’amygdale déclenche un signal de peur, que le cortex préfrontal doit fournir un effort pour apaiser
  • Le passé pèse (souvent) lourd : un biais cognitif (le coût irrécupérable) vous pousse à rester attaché à ce que vous avez déjà investi
  • On n’a pas toujours appris à réguler ses émotions mais plutôt à lutter. Or lutter intensifie les émotions au lieu de les apaiser.
  • Une histoire personnelle marquée par l’instabilité ou un traumatisme peut avoir ancré l’équation “contrôler = éviter la douleur”.
  • La société valorise le “faire”, et confond encore trop souvent lâcher-prise et faiblesse.
Portrait de Margaux Damain, fondatrice de Sous le tapis et rédactrice spécialisée en santé mentale et vulgarisation scientifique

A propos de l’auteur

Article rédigé par Margaux Damain, fondatrice de Sous le tapis et rédactrice spécialisée en santé mentale. Margaux s’appuie sur des études scientifiques (revues systématiques et méta-analyses), ainsi que sur des ouvrages de psychiatres et psychologues pour rendre accessibles les connaissances sur le bien-être psychique. Elle transforme des travaux d’experts en contenus adaptés au grand public. Son objectif ? Démocratiser la santé mentale et encourager chacun et chacune à prendre soin de soi.