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Article rédigé par Margaux Damain, rédactrice spécialisée en santé mentale et vulgarisation scientifique.

L’EMDR, comment ça marche ? Comme toi, des chercheurs et chercheuses se sont posé la question. Comprendre les mécanismes en jeu lors d’une thérapie utilisant l’EMDR est encore au cœur des débats. Zoom sur cette méthode aussi rigoureuse que passionnante !

Au programme : 

  • En quelques mots
  • EMDR : comment ça marche ?
  • Est-ce efficace ?
  • Important : consulter un thérapeute agréé

Temps de lecture : 10 minutes

L’EMDR en quelques mots 

L’EMDR est une méthode validée scientifiquement qui aide les patients à “digérer” des souvenirs traumatiques. C’est ce qu’on appelle la reconsolidation thérapeutique de la mémoire. Parfois, nous avons beau être conscients qu’un événement douloureux est passé, il continue de nous affecter émotionnellement et physiquement. Quand nous sommes bloqués dans le passé, une thérapie utilisant la méthode EMDR peut se révéler utile voire essentielle !

Lors de séances d’EMDR, le patient est stimulé sensoriellement et de manière bilatérale par le thérapeute pour l’aider à retraiter le ou les souvenirs problématiques. Cette stimulation se fait par mouvement oculaire (le patient suit le mouvement du doigt du thérapeute qui va de droite à gauche), par tapotement alterné (sur chaque genou) ou encore via des sons.

Qu’est ce qu’un trauma ?

Il existe tout un tas de souvenirs que les gens n’identifient pas forcément comme des traumas mais qui le sont bien ! Un traumatisme fait référence aux répercussions émotionnelles pénibles et handicapantes que peut entraîner le fait de vivre un évènement éprouvant. Un tremblement de terre, de la négligence affective dans l’enfance, de l’humiliation, du harcèlement, une attaque en pleine rue… Il y a beaucoup d’événements qui peuvent traumatiser.

EMDR : comment ça marche ?

Quelles sont les 8 étapes de l’EMDR ?

En synthèse

Voici les 8 grandes phases d’une thérapie utilisant l’EMDR, tirées de l’article “Structure de la thérapie EMDR : guide pour thérapeutes”, dont je fais une synthèse et une reformulation pour la rendre accessible à toutes et à tous.

  • Phase 1 : l’anamnèse ou le recueil de l’historique et de l’histoire du patient 
  • Phase 2 : la préparation et la stabilisation émotionnelle 
  • Phase 3 : l’évaluation
  • Phase 4 à 6 : le retraitement de la mémoire cible 
  • Phase 7 : la clôture 
  • Phase 8 : le suivi 

A noter que les phases décrites sont communes à d’autres méthodes de reconsolidation thérapeutique de la mémoire. Ce qui fait la spécificité de l’EMDR est que le thérapeute suit rigoureusement le protocole (contrairement à d’autres méthodes plus flexibles et adaptatives).

Phase 1 : le recueil de l’historique du patient

Pour le thérapeute, la phase 1 consiste à recueillir des informations sur le patient pour identifier les souvenirs problématiques ainsi que ceux qui seront retraités plus tard en séance. 

C’est durant cette phase que doit se créer le lien de confiance entre le patient et le thérapeute. Une approche non jugeante et soutenante est essentielle pour que le patient se sente en sécurité. La capacité du thérapeute à adapter les séances à la fenêtre de tolérance de son patient face aux souvenirs douloureux est une compétence fondamentale.

Phase 2 : la préparation et la stabilisation émotionnelle

Durant cette phase, le thérapeute évalue si le patient est prêt à passer aux phases de retraitement des souvenirs. C’est à ce moment que le thérapeute donne des informations sur le protocole EMDR : stimulation sensorielle, position assise du patient, le signal d’arrêt que le patient peut faire pendant une séance de retraitement si besoin… En réponse aux informations transmises, le patient a l’occasion de poser toutes les questions qui le préoccupent. Encore une fois, l’alliance thérapeutique est au cœur de la thérapie. 

Pour ce qui est de la stabilisation émotionnelle, le thérapeute s’assure que : 1) le patient est prêt à accueillir une prise de conscience et un changement dans sa vie ; qu’il en a les ressources internes et externes ; 2) le patient est dans sa fenêtre de tolérance lors des des séances de retraitement du souvenir. Autrement dit, le retraitement ne doit pas être trop violent ; le patient doit toucher du doigt le souvenir tout en restant conscient qu’il est en sécurité, aux côtés du thérapeute.

Phase 3 : l’évaluation

A ce stade, le thérapeute demande au patient de lui parler de l’image la plus difficile qui lui vient à l’esprit en lien avec l’événement traumatisant. Il s’agit pour le patient de décrire ce qu’il pense et ressent : émotions, sensations corporelles, pensées, croyances limitantes, etc. 

L’objectif est de réactiver le matériel traumatique, de faire remonter à la conscience des éléments du souvenir pour qu’il soit ensuite retraité, car on ne peut retraiter ce qui est caché dans les tréfonds de l’inconscient.

Phase 4 à 6 : le retraitement de la mémoire cible

Durant ces phases, le souvenir est retraité par le cerveau à l’aide des stimulations sensorielles bilatérales générées par le thérapeute. Ces stimulations activent un mécanisme d’auto-guérison que j’explique plus bas dans l’article (comment cela agit sur le cerveau). 

Durant ces phases, le thérapeute s’assure que le patient progresse : de nouvelles perspectives, de nouvelles émotions, une compréhension différente du patient concernant le vécu sont autant d’indicateurs d’une évolution cognitive profonde et d’un rapport différent au souvenir. 

L’objectif est en quelque sorte de faire une mise à jour du logiciel (le cerveau). In fine, le patient va intégrer pleinement que ce qui est survenu dans le passé est lié à un contexte différent du présent, et qu’ainsi les croyances (jusqu’à là inconscientes) héritées de cet événement du passé ne s’appliquent pas au présent.

Je prends un exemple : une personne ayant été traumatisée par la séparation de ses parents étant enfant vit avec une peur constante d’être abandonnée dans ses relations amoureuses. Via une thérapie utilisant l’EMDR (ou autre méthode de reconsolidation de la mémoire), elle prend conscience qu’elle a grandi en ayant la conviction intime d’être indigne d’être aimée et que cela alimente ses peurs et angoisses d’abandon. Une mise à jour de son logiciel lui permettrait, entre autres, d’intégrer que le passé ne présume pas de l’avenir, qu’elle est digne d’être aimée et qu’elle peut construire une relation amoureuse différente de celle de ses parents. 

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Phase 7 : la clotûre

Après chaque séance de retraitement, le thérapeute et le patient font le bilan. L’objectif est que le patient reparte en étant émotionnellement plus stable et se sente un peu plus libéré.

Le thérapeute évalue le nombre de séances de retraitement nécessaires pour que le patient soit parfaitement libéré de la charge émotionnelle liée au souvenir.

Phase 8 : le suivi

A ce stade, il s’agit pour le thérapeute de déterminer les ressentis du patient quelques temps après la dernière séance de retraitement. L’objectif est de vérifier si le patient est totalement stabilisé, que le logiciel est bien mis à jour, à savoir que le souvenir n’est plus qu’un lointain souvenir : neutre voire abstrait, déchargé de son poids émotionnel invalidant.

Comment l’EMDR agit sur le cerveau ?

Le fonctionnement exact de l’EMDR reste un sujet de recherche intense ! Une étude systématique a examiné 87 études sur le sujet pour comprendre comment cela agit sur les patients. Ces 87 études ont été catégorisées selon 3 approches : psychologique, physiologique et neurobiologique.

Zoom sur ce qu’en dit la recherche !

Hypothèses psychologiques : la mémoire de travail

L’explication la plus courante des effets de l’EMDR est l’hypothèse de la mémoire de travail. L’idée est que lorsqu’on se concentre sur un souvenir traumatisant tout en faisant des mouvements oculaires (ou une autre stimulation bilatérale, comme des tapotements), cela surcharge notre mémoire de travail. Cette « surcharge » rend le souvenir moins vif et moins émotionnel.

Cependant, cette hypothèse a ses limites :

  • Beaucoup d’études sont faites sur des personnes non traumatisées, donc on ne sait pas si les mêmes mécanismes s’appliquent aux patients souffrant de stress post-traumatique (PTSD).
  • Elle n’explique pas d’autres effets de l’EMDR, comme la relaxation, les pensées positives spontanées ou l’amélioration de la mémoire épisodique.
  • Elle tend à se focaliser uniquement sur les mouvements oculaires, alors que d’autres aspects de la thérapie peuvent aussi jouer un rôle.

Hypothèses physiologiques : le corps en action

Des recherches suggèrent que les mouvements oculaires en EMDR entraînent une diminution de l’activation physiologique, ce qui aide à la relaxation. Certains ont même comparé cet état à celui du sommeil paradoxal (REM), mais cette idée ne couvre pas tous les types de stimulation bilatérale.

Hypothèses neurobiologiques : le cerveau à la loupe

Les premières études cérébrales ont montré que les mouvements oculaires pourraient faciliter la communication entre les deux hémisphères du cerveau, aidant à retraiter des souvenirs. Cependant, des recherches plus récentes remettent en question cette idée.

Des modèles plus récents suggèrent que l’EMDR pourrait « réinitialiser » certaines zones du cerveau liées aux émotions et à la mémoire, aidant à un meilleur contrôle des réactions émotionnelles. Mais ces changements ne sont pas spécifiques à l’EMDR et peuvent être observés dans d’autres thérapies. De plus, beaucoup de ces études ont des limites méthodologiques.

Le rôle des stimulations bilatérales : un débat persistant

Environ la moitié des études examinées se sont concentrées sur le rôle spécifique des stimulations bilatérales (comme les mouvements oculaires), tandis que l’autre moitié a examiné la thérapie EMDR dans son ensemble. Les mouvements oculaires semblent accélérer les résultats par rapport à d’autres formes de stimulation bilatérale, mais leur rôle exact et leur supériorité sont toujours en discussion.

Une enigme qui reste à résoudre

En conclusion, il n’y a pas de mécanisme unique et clair identifié. Il est probable que plusieurs processus agissent simultanément. Des recherches futures, mieux conçues et mesurant plusieurs mécanismes à la fois, seront nécessaires pour élucider pleinement comment l’EMDR aide les patients à surmonter leurs traumatismes.

Si nous n’avons pas encore levé le voile du mystère, nous avons toutefois des études qui prouvent l’efficacité de cette thérapie pour certains troubles.

Est-ce que l’EMDR est efficace ?

Pour soigner les troubles du stress post-traumatique (TSPT)

Je me réfère à la revue intitulée “L’utilisation de la thérapie EMDR dans le traitement du syndrome de stress post-traumatique”, publiée en 2018.

Pour évaluer l’efficacité de la thérapie sur les personnes atteintes de TSPT, les chercheuses et chercheurs ont passé en revue au total 6 études scientifiques sur le sujet. Cette revue atteste de l’efficacité de l’EMDR dans le traitement des TSPT. Plus précisément, la thérapie EMDR a amélioré significativement le diagnostic ainsi que les symptômes liés aux troubles, comme la dépression, l’anxiété, les pensées paranoïaques ou encore l’état de fatigue chronique. A noter que les études passées au crible portent sur des pays et cultures différentes.

Pour les autres troubles

Une revue intitulée L’EMDR en tant qu’option de traitement pour des conditions autres que le TSPT, publiée en 2021, a permis d’évaluer 90 études sur le sujet.

Cette revue a permis de comprendre que les troubles pour lesquels il y a le plus de preuves de l’efficacité de l’EMDR sont : 

  • la douleur, 
  • l’anxiété, 
  • les troubles de l’humeur, 
  • le stress. 

L’efficacité de la thérapie pour les troubles obsessionnels compulsifs (TOC) et les addictions est moins évidente, car seulement la moitié des études ont démontré des résultats clairement positifs. 

Quant aux troubles sexuels et du sommeil, les preuves positives sont encore trop rares pour généraliser l’efficacité de la thérapie.

Important : consulter un thérapeute agréé

La thérapie EMDR amène le patient à se remémorer des souvenirs difficiles, ce qui n’est pas à prendre à la légère. Le protocole est pensé pour garantir un cadre de sécurité. 

Toutefois, seul un thérapeute agréé EMDR aura les compétences pour stabiliser émotionnellement des personnes confrontées à leurs traumas ✅

Attention aux professionnels qui se prétendent compétents sans avoir l’agrégation !

Si tu es intéressé(e) par cette thérapie, sache que seuls les psychiatres, psychologues et psychothérapeutes ARS peuvent prétendre à l’agrégation EMDR

Pour t’assurer de tomber sur un professionnel compétent, réfère-toi à l’annuaire officiel disponible sur le site de l’association EMDR France. 

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Portrait de Margaux Damain, fondatrice de Sous le tapis et rédactrice spécialisée en santé mentale et vulgarisation scientifique

A propos de l’auteur

Article rédigé par Margaux Damain, fondatrice de Sous le tapis et rédactrice spécialisée en santé mentale. Margaux s’appuie sur des études scientifiques (revues systématiques et méta-analyses), ainsi que sur des ouvrages de psychiatres et psychologues pour rendre accessibles les connaissances sur le bien-être psychique. Elle transforme des travaux d’experts en contenus adaptés au grand public. Son objectif ? Démocratiser la santé mentale et encourager chacun et chacune à prendre soin de soi.