Interview menée et article rédigé par Margaux Damain, podcasteuse et rédactrice spécialisée en santé mentale et vulgarisation scientifique.

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Résumé : le témoignage d’Alexandra sur comment sortir d’une relation toxique

Découvrez le témoignage d’Alexandra sur sa relation d’emprise passée ; une conversation sincère et lumineuse d’une grande profondeur. Dans cette interview, Alexandra nous raconte le chemin douloureux mais transformateur qui l’a menée à sortir d’une relation toxique de huit ans, à comprendre l’héritage émotionnel de sa famille et à reconstruire un rapport sain à elle-même. Lisez ou écoutez ce témoignage essentiel pour comprendre concrètement les mécanismes de l’emprise, le rôle des blessures d’enfance dans nos choix amoureux et le pouvoir de l’amour de soi.

Alexandra décrit avec précision les signes de la relation toxique : le love bombing, les oscillations émotionnelles épuisantes, la dévalorisation progressive et la peur de l’abandon qui l’ont maintenue prisonnière pendant des années. Son parcours met en lumière le poids de l’héritage transgénérationnel : des schémas familiaux transmis de génération en génération, souvent à notre insu, qui façonnent profondément nos relations amoureuses.

La guérison a commencé par un travail thérapeutique intense et varié : Recall Healing, constellations familiales, microkinesithérapie et thérapie de l’enfant intérieur. Alexandra insiste sur l’importance d’écouter son corps et ses émotions comme des boussoles, et sur la nécessité de poser des limites pour se respecter soi-même.

Aujourd’hui, Alexandra vit une relation saine, fondée sur la sécurité émotionnelle et l’authenticité. Elle témoigne avec conviction que l’amour de soi n’est pas un luxe mais un prérequis pour choisir autrement. Ce récit offre un message d’espoir et des clés concrètes pour celles et ceux qui traversent ou ont traversé une relation d’emprise.

Quand l’intensité ressemble à l’amour

Alexandra a vécu huit ans dans une relation d’emprise. Huit ans avec le père de son enfant. Huit ans à confondre intensité émotionnelle et amour véritable.

Au début, tout semblait parfait : un homme charmant, des matinées rythmées par des chansons d’amour, des poèmes, un univers construit rien que pour eux deux.

« Il me donnait l’impression d’être la personne la plus importante au monde. Il y avait beaucoup de discussions que nous seuls pouvions comprendre. On crée notre propre univers. »

Mais très vite, les oscillations émotionnelles ont commencé : des moments de tendresse, suivis de colères inexpliquées. Des moments de chaleur suivis de froideur soudaine. Un cycle épuisant et difficile à nommer.

« Pour moi, j’assimilais cette intensité à la vie et à comment l’amour doit être. »

C’est l’un des pièges les plus courants des relations toxiques : le système nerveux autonome, constamment sollicité, est pris pour de la passion. On se sent vivant et on croit que c’est ça, aimer fort. Les papillons dans le ventre sont assimilés à la passion, et non pas à l’insécurité émotionnelle d’une relation pourtant en dents de scie.

Emprise psychologique dans le couple : comprendre les mécanismes

L’emprise psychologique dans le couple ne ressemble pas toujours à ce qu’on imagine. Ce n’est pas nécessairement de la violence physique. C’est parfois plus subtil et plus difficile à identifier.

Les signes qui auraient dû alerter

Alexandra les identifie aujourd’hui avec clarté :

  • Le love bombing : un comportement qui se manifeste par un excès d’amour très rapide dans la relation, suivi de moments d’évitement voire de ghosting. Dans sa relation, Alexandra explique que c’est un comportement apparu très tôt, et un mécanisme à l’œuvre à chaque fois que son ex mari sentait qu’Alexandra prenait ses distances à cause de l’insécurité émotionnelle. Un “fuis moi je suis, suis moi je te fuis” fatiguant et confusant. 
  • Les oscillations imprévisibles : Alexandra parle de montagnes russes. Des moments de tendresse intense sont suivis de moments de froideur ou de colère inexplicables. 
  • Un non accueil des émotions de l’autre : « Si moi j’essayais d’exprimer ce que je ressentais, il me disait : j’ai déjà des problèmes en ce moment, ne te rajoute pas. »
  • La dévalorisation progressive : « Il m’a avoué un moment qu’il se sentait inférieur à moi et donc dans le quotidien il me rabaissait ».

Le retour stratégique : à chaque tentative de rupture, il revenait avec une nouvelle vague d’amour.

Le piège de l’attachement évitant

Alexandra comprendra plus tard que son partenaire avait un style d’attachement évitant. C’est-à-dire que plus l’intensité montait entre eux, plus il se retirait émotionnellement. Ce retrait déclenchait chez elle une anxiété d’abandon qui la poussait à rester, à essayer encore, à se remettre en question : « Il y avait une peur de l’abandon des deux côtés. ». Et c’est notamment cette peur (pendant longtemps inconsciente) qui a piégé Alexandra dans une relation de maltraitance pendant 8 ans.

Pourquoi ça dure si longtemps ?

Parce qu’une relation d’emprise ne se vit pas dans la souffrance permanente. Il y a des hauts et des moments beaux et vrais. Et c’est précisément ce mélange qui rend la sortie si difficile.

L’héritage transgénérationnel : quand le passé familial dicte nos choix amoureux

C’est l’une des prises de conscience les plus profondes d’Alexandra. Ses choix amoureux n’étaient pas seulement les siens. Ils portaient l’empreinte de générations entières.

Ce que la famille nous transmet sans le dire

Dans sa famille, les femmes avaient toujours porté le foyer seul. Sa mère gagnait plus. Sa mère tenait tout. Alexandra a reproduit ce schéma naturellement, sans s’en rendre compte.

« Moi, je louais l’appartement. Lui venait chez moi sans rien payer. Aujourd’hui, je me dis que ce n’est pas normal. Mais à l’époque, je reproduisais inconsciemment des choses qui avaient été normales dans ma famille. »

Et plus profondément encore : les hommes avaient été associés au danger dans sa lignée. Sa grand-mère avait perdu sa propre mère à quatre ans, morte d’une interruption de grossesse imposée par son mari, dans des conditions insalubres.

« C’est lors d’un travail thérapeutique que j’ai compris que j’avais intégré que les hommes sont dangeureux au point de pouvoir me tuer.”

Ce trauma, Alexandra l’avait hérité sans le savoir. Il teintait inconsciemment son rapport à l’amour, à la sécurité, aux hommes.

L’héritage transgénérationnel, c’est quoi exactement ?

C’est l’idée que nos ancêtres nous transmettent, à travers les générations, des émotions non résolues, des croyances, des schémas de comportement. Cette transmission se fait par les histoires familiales, les non-dits, les comportements observés dès l’enfance. La science a démontré également qu’elle se fait par les gènes

Alexandra a découvert ces mécanismes grâce à deux types de thérapies : le Recall Healing et  constellations familiales. Et cette découverte a tout changé.

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Écouter son corps : la clé que personne ne nous apprend

L’une des choses les plus frappantes dans le parcours d’Alexandra, c’est la place qu’elle a accordée à son corps dans son processus de guérison.

Elle raconte un exemple précis. Juste après sa séparation, elle parle avec sa mère de son ex. Sa mère exprime enfin ce qu’elle pense de lui. Et à ce moment-là, Alexandra a soudainement très mal à l’oreille.

« Je me suis dit : pourquoi j’ai mal à l’oreille tout d’un coup ? Peut-être parce que je n’aime pas ce qu’elle est en train de dire. »

Elle cherche à comprendre, à mettre des mots sur cette émotion. Lors de ces thérapies, elle avait compris que le fait de nommer ses émotions pouvait suffire à calmer la douleur physique et émotionnelle. 

Mais là, la douleur persiste. Elle continue de chercher la raison de ce mal physique. Elle finit par comprendre : ce n’est pas de la colère, pas de la nostalgie. C’est de la honte. La honte d’être restée si longtemps.

« Au moment où je me suis rendu compte que l’émotion, c’était la honte, ma douleur est passée tout de suite. »

Le corps sait. Il stocke les émotions et bien des fois le mal-être physique persiste tant que nous n’avons pas pris conscience de sa raison d’être. Au travers de ses thérapies, Alexandra fait une découverte décisive : apprendre à écouter et nommer ses émotions, c’est accéder à des informations qui permettent d’avancer et de faire de meilleurs choix dans la vie.

Les 3 thérapies qui ont tout changé

Après la séparation, Alexandra s’est plongée dans un chemin thérapeutique intense et varié. Voici les approches qui ont le plus transformé son rapport à elle-même, aux autres et au monde.

Le Recall Healing

Cette méthode établit un lien entre nos maux physiques et nos émotions refoulées, en remontant jusqu’à leur origine familiale ou biographique. Elle repose sur l’idée que toutes nos émotions et expériences sont stockées dans le corps, et que comprendre leur origine peut suffire à les libérer. Elle explore notamment les cycles de répétition dans nos vies.

« J’avais une relation de 7-8 ans, 3 ans, après 8 ans. En fait, on répète certaines choses qui se passent dans notre vie. »

Le Recall Healing a appris à Alexandra à observer son corps et à faire le lien entre une douleur physique et une émotion enfouie.

Les constellations familiales

Les constellations familiales sont des expériences bouleversantes. Dans un groupe, des inconnus incarnent les membres d’une famille pour faire émerger des vérités enfouies, mettre au jour les héritages émotionnels et libérer les loyautés inconscientes.

Pour Alexandra, c’est une expérience fondatrice.

« Ça va résonner chez tout le monde dans la salle. Tout ce qui se passe pendant la journée des constellations, ça va bouger des choses à l’intérieur de soi. C’est une expérience extraordinaire. »

C’est lors d’une constellation qu’Alexandra a vu, pour la première fois, la douleur de son arrière-grand-mère. Et compris d’où venait sa propre peur des hommes.

La micro-kinesithérapie et la thérapie somatique

Plus tard, une séance de micro-kinésithérapie lui permet de déloger une croyance enfouie depuis des années : je ne mérite pas d’être bien traitée.

« J’étais juste sur son lit, assise sans rien faire. J’observais mon corps. Et c’est sorti. »

La micro-kinésiethérapie est une thérapie manuelle douce qui détecte, via le toucher, les traces de chocs physiques ou émotionnels stockés dans le corps, pour les libérer et restaurer l’équilibre.

Déterrer cette croyance limitante bien enfouie a été déterminant pour Alexandra. Elle a enfin compris pourquoi elle avait tendance à s’abandonner, à revivre des relations de négligence émotionnelle et d’emprise. Deux semaines après cette découverte, elle rencontrait quelqu’un qui allait la traiter comme elle le méritait.

Jeune femme pensive qui regarde par la fenêtre, perdue dans ses pensées. Elle aurait besoin d'un accompagnement thérapeutique pour restaurer son estime de soi, arrêter de porter le poids émotionnel des autres et apprendre à construire des relations plus saines.

S’aimer soi-même pour choisir autrement

Sortir d’une relation toxique nécessite un travail profond sur soi. Sans travail sur soi, on risque de reproduire les mêmes schémas avec quelqu’un d’autre. Alexandra le sait. Elle l’a vécu.

Ce qui a vraiment tout changé, c’est le chemin vers l’amour de soi.

Un amour longtemps conditionnel

Dans sa famille, l’amour était lié à la réussite. Bonnes notes. Belle carrière. Pas de faux pas.

« Je m’aimais uniquement quand je réussissais. Et j’enchaînais les réussites, mais à quel prix ? Je me mettais une pression énorme. »

Le jour où une thérapeute lui a demandé “Que fais-tu quand tu ne fais rien ?”, Alexandra était sous le choc. Cela a été le début d’un apprentissage : se donner du temps, apprécier sa propre présence dans les moments de “rien”. Elle s’est demandé ce qui lui ferait du bien. Petit à petit, elle a retrouvé ses passions d’enfant, mises de côté pendant des années : l’écriture et la danse. Deux passions qui l’aident par ailleurs à se réguler émotionnellement et à trouver un équilibre dans sa vie.

Apprendre à poser ses limites : l’acte d’amour envers soi

Plus elle s’aimait, plus il devenait impossible de se taire, de nier ses besoins.

« Plus je m’aimais moi-même, plus ça devenait impossible de garder ça, de ne plus mettre les bonnes limites. »

Elle a commencé petit : avec des inconnus, lors des premiers. “À l’époque, j’étais célibataire, je faisais des dates. Je me suis dit que s’il y avait quelque chose qui ne me plaisait pas ou qui aurait pu dépasser une de mes limites, je vais le dire. Il n’y a pas d’enjeu car je viens de rencontrer cette personne.”

Alexandra a continué ensuite à s’affirmer auprès de ses collègues, ses amis, sa famille. Et à chaque limite posée : aucune catastrophe. Aucun conflit violent. Juste du respect.

Le discours intérieur : changer de voix

Les thérapies lui ont aussi permis de découvrir à quel point elle était dure envers elle-même. Elle a appris à observer son discours intérieur et à le changer peu à peu. Avant un verre cassé, c’était inacceptable ! Aujourd’hui, Alexandra est beaucoup plus compatissante et tendre envers elle-même.

“Si je fais une erreur et je me dis : bon, allez, c’est comme ça. On passe à la suite. »

Ce changement de voix intérieure, aussi infime qu’il paraisse, est révolutionnaire. On ne peut pas bien aimer les autres si on se maltraite soi-même.

À quoi ressemble une relation vraiment saine

Alexandra est aujourd’hui dans une relation qu’elle décrit avec une simplicité touchante.

Ce qui a changé

La différence avec l’ancienne relation ? Elle se résume en quelques mots :

  • Pas d’ambiguïté : « On fait ce qu’on dit. Nos émotions sont claires, on sait dire les choses. »
  • La sécurité émotionnelle : « Je me sens à la fois émotionnellement et physiquement en sécurité. »
  • L’espace pour être soi : « Je ne marche pas sur des œufs. »
  • Un soutien inconditionnel : « Il m’a dit : moi, je t’aime et je te soutiens, quoi que tu fasses. »

La régulation émotionnelle partagée : « On ne se retire pas en cas de conflit. On reste. »

Intensité vs sécurité : la vraie distinction

Alexandra le dit clairement : dans une relation saine, il y a aussi des émotions désagréables et fortes. La différence avec une relation toxique est la manière dont on les traite.

« Dans une relation plus saine, on se sent en sécurité. Notre cœur, notre corps est détendu. On sait qu’on peut dire des choses quand on ne se sent pas d’accord. »

La passion n’est pas incompatible avec la sécurité. Mais la sécurité doit être là. Elle n’était tout simplement pas là avant.

Ce que l’histoire d’Alexandra nous apprend

Sortir d’une relation toxique, c’est rarement une décision prise du jour au lendemain. C’est un chemin long, semé de doutes, de retours en arrière, de prises de conscience progressives.

L’histoire d’Alexandra nous dit plusieurs choses essentielles :

  • Les schémas toxiques ont des racines profondes, souvent bien plus loin que la relation elle-même
  • L’héritage transgénérationnel façonne nos choix amoureux sans qu’on en soit conscient
  • Le corps et les émotions sont des boussoles : il nous renseigne sur nos besoins.
  • Les thérapies alternatives peuvent être profondément guérisseuses (Recall Healing, constellations familiales, somatothérapie).
  • L’amour de soi n’est pas un luxe, c’est la condition pour attirer et accepter une relation saine.

« Une fois qu’on s’aime, qu’on s’accepte, qu’on est beaucoup plus doux et plus en amour envers nous-mêmes, notre énergie n’attire pas les mêmes personnes. »

Portrait de Margaux Damain, fondatrice de Sous le tapis et rédactrice spécialisée en santé mentale et vulgarisation scientifique

A propos de l’auteur

Article rédigé par Margaux Damain, fondatrice de Sous le tapis, rédactrice et podcasteuse spécialisée en santé mentale. Margaux s’appuie sur des études scientifiques (revues systématiques et méta-analyses), des ouvrages de psychiatres et psychologues, ainsi que des témoignages sensibles et courageux pour rendre accessibles les connaissances sur le bien-être psychique. Elle transforme des travaux d’experts en contenus adaptés au grand public. Son objectif ? Démocratiser la santé mentale et encourager chacun et chacune à prendre soin de soi.