Interview menée et article rédigé par Margaux Damain, podcasteuse et rédactrice spécialisée en santé mentale et vulgarisation scientifique.
Au programme de l’interview :
- Que s’est-il passé ? Retour sur le contexte
- Pourquoi la rupture amoureuse a t-elle été un déclencheur d’une dépression chez Raphaël ?
- A quoi ressemblait la dépression chez un homme comme Raphaël ?
- Qu’est-ce qui l’a aidé à sortir du déni et à accepter sa maladie ?
- Comment a t-il vécu la psychothérapie ainsi que le traitement médicamenteux (antidépresseurs) ?
- Les deux livres qui l’ont (aussi) aidé à sortir de sa dépression
- Du déni à la guérison : comment se sent-il aujourd’hui ?
- Quels conseils pour aider un proche d’une personne dépressive ?
Vous pouvez lire la transcription de l’interview ou écouter le podcast 🎧
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Résumé : le témoignage de Raphaël sur sa dépression et sa guérison
Découvrez le témoignage de Raphaël sur sa dépression passée ; une conversation sincère d’une grande sagesse. Dans cette interview, Raphaël nous parle du chemin difficile mais aussi constructif à travers la dépression et le déni, déclenchés par une rupture amoureuse et une intense remise en question identitaire. Lisez ou écoutez ce témoignage essentiel pour comprendre concrètement le poids de la culpabilité, l’impact de l’anxiété paralysante et l’espoir retrouvé peu à peu grâce à l’aide professionnelle et à l’introspection.
Raphaël décrit l’intensité de la maladie : anxiété débilitante et insomnies chroniques qui rendaient les actes du quotidien insurmontables. Son parcours souligne la difficulté de sortir du déni, alimenté par les injonctions sociales de performance et la peur d’admettre sa vulnérabilité en tant qu’homme.
La guérison a commencé par l’écoute de ses proches et un traitement d’urgence (médicaments) pour restaurer les fonctions vitales comme le sommeil, suivi d’une psychothérapie. Raphaël insiste sur le rôle de l’introspection, notamment grâce à des lectures pour déconstruire les croyances limitantes et la « peur psychologique ».
Aujourd’hui, Raphaël se sent mieux et adopte une posture préventive et humble. Il reconnait que prendre soin de soi est un acte continu, bénéfique non seulement pour soi mais aussi pour les autres. Ce récit offre un message d’espoir et des clés concrètes pour celles et ceux qui souffrent de dépression ou accompagnent une personne dépressive.
Dépression : le témoignage complet de Raphaël
Margaux : Bonjour à toutes et à tous, moi c’est Margaux. En tant que créatrice de Sous le tapis, je parle de santé mentale à travers ce podcast, mais aussi via des articles de vulgarisation scientifique.
Et aujourd’hui, je suis aux côtés de Raphaël, qui a répondu présent à mon invitation pour parler avec courage et sensibilité de dépression et de déni. Bonjour Raphaël !
Raphaël : Bonjour Margaux, merci de me recevoir.
Margaux : Avec plaisir ! Raphaël, il y a quelques années, tu tombes amoureux d’une femme. À ce moment-là, tu es déjà en couple. Mais un jour, tu décides de quitter la personne avec qui tu es, pour vivre cette nouvelle histoire d’amour. Jusque-là, tout va bien.
Et pourtant, cette rupture amoureuse est aussi une rupture totale avec ta vie d’avant. C’est un moment qui va être décisif, mais aussi bouleversant pour toi. Car c’est le début d’une intense remise en question et d’une profonde dépression.
Que s’est-il passé ?
Témoignage dépression : retour sur le contexte et le déclencheur
Raphaël : C’est une bonne question que je me suis posée longtemps. On peut y mettre des mots, on peut parler de dépression amoureuse. Je n’ai pas pu parler avec des personnes, des amis qui ont aussi eu une dépression, qui ne s’apparentaient pas exactement à la mienne.
“J’ai ressenti beaucoup de culpabilité [de l’avoir quittée]. ça m’a rongé, ça m’a donné de l’anxiété et ça a débouché sur des insomnies et de la dépression.” – Témoignage de Raphaël
Raphaël : Je me suis rendu compte à ce moment-là que le pillier de ma vie c’était cette relation longue, douze ans de vie commune. Une personne pour qui j’avais quitté mon pays, même mon premier travail pour pouvoir être près d’elle. Et donc j’ai ressenti un énorme vide et j’ai ressenti surtout beaucoup de culpabilité. Je crois que c’est vraiment ce sentiment de culpabilité qui m’a rongé, qui m’a donné de l’anxiété et qui a débouché sur des insomnies et une dépression.
Je crois qu’il y a un poids à porter quand on quitte une personne. Peut-être que c’est une prérogative, quelque chose qui ne se fait pas et mal vu encore. En tout cas, moi, c’est vrai que j’avais envie d’une relation longue qui dure toute la vie. Je m’étais mis cette pression sur les épaules. J’avais ces attentes.
Or, c’était moi-même qui mettais un terme à ça, qui envoyais tout valser. Quand on quitte une personne, on sait ce qu’on quitte. On a une bonne idée de la personne qu’on quitte, de tout ce qu’on avait, mais on ne sait pas ce qu’on va y gagner. C’est surtout ça le problème. Donc on peut très vite regretter.
Et puis surtout, vous faites du mal à la personne. Une rupture, c’est jamais facile. Voir mon ex souffrir, ça a été très dur pour moi. C’est ça qui a été, je pense, le plus dur. Il y a donc tout un travail de pardon à faire. Même si la personne en face vous pardonne, c’est autre chose de se pardonner, de vraiment tourner la page.
La culpabilité, un sentiment qui peut être dévastateur
Raphaël : Tout s’est entremêlé. Je pense qu’il n’y avait pas que la rupture amoureuse en jeu. Ici, il y avait sans doute des démons peut-être du passé qui sont remontés à la surface. Ça m’a renvoyé, je pense, à ma propre enfance et en l’occurrence à la séparation de mes parents, je crois. Et donc, ça a été très difficile.
“Quand on est dans cet état, c’est difficile d’avoir du recul et d’analyser le pourquoi”. – Témoignage de Raphaël
Raphaël : Quand on est dans cet état émotionnel, c’est difficile d’avoir du recul et d’analyser le pourquoi. Et je ne suis pas sûr que ce soit même le moment. Je crois que quand on est comme ça, dans cette traversée du désert, on a besoin déjà de se refaire une santé parce qu’on ne dort pas bien, on a de l’anxiété chevillée au corps.
Et donc, pas facile d’être gentil avec soi-même et d’être patient quand on est en plus dans un état de culpabilité prononcée.
Margaux : En t’écoutant Raphaël, j’entends vraiment ce sentiment d’être fautif, de t’en vouloir énormément de ce choix que tu fais. Quand tu m’as raconté ton histoire, le choix était quand même assez réfléchi. On peut certes s’attendre à ce qu’il y ait de la culpabilité et un temps long de remise en question.
Mais avec le recul, comment expliques-tu que cet événement a été le déclencheur d’une dépression ? Parce qu’on parle quand même d’une dépression ! C’est quelque chose de fort en matière d’émotions, d’état psychique et corporel. Pourquoi cette dépression ?
Pourquoi une rupture amoureuse déclenche une dépression profonde ?
Raphaël : Je pense qu’il y avait une fatigue mentale, avant même que je me mette en couple avec cette personne. J’étais quelqu’un qui s’interdisait un peu le bonheur.
Ça paraît dur à dire, mais j’étais tout le temps dans une sorte d’hypervigilance où j’étais très concerné par le bien-être des autres. Du coup, je m’oubliais assez souvent et j’avais mis sur un piédestal, évidemment, la relation avec cette personne.
“J’étais quelqu’un qui s’interdisait un peu le bonheur. Cette dépression, elle était un peu en embuscade. Elle était prête à surgir.” – Témoignage de Raphaël
Raphaël : Et donc cette dépression, elle était un peu en embuscade. Elle était prête à surgir. Quand il y a eu cette rupture amoureuse, tout d’un coup, mon identité est mise à mal. Je n’étais pas quelqu’un qui était très porté sur sa carrière ou sur le sport… Oui, j’ai des hobbies, je suis quelqu’un de très social qui aime passer du temps avec ses amis, mais mon couple était vraiment au centre de ma vie.
Donc forcément, avec cette rupture, je remets en question mon identité quelque part. Et… On a besoin d’avoir un minimum confiance et se sentir bien avec son identité pour pouvoir naviguer dans ce monde. Je crois que c’est là où la dépression peut intervenir.
Tout d’un coup, on n’arrive plus à vivre avec l’identité qu’on s’est créée, qu’on a choisie. Et donc, on a un moment de latence comme ça. On a un moment où on n’est pas confortable avec soi-même, où on se déteste même.
De la culpabilité à l’adoption du « faux self » dépressif
Raphaël : Pendant longtemps, j’avais associé la dépression à une forme de haine de soi. De mécontentement. Moi, je ne m’autorisais pas à être heureux parce que j’avais fait du mal à la personne que j’aimais le plus au monde.
Et donc, c’était très dur mentalement de gérer ça. Et je crois que c’est une erreur parce que la culpabilité, c’est un gouffre sans fond et ça peut vraiment vous faire du mal. Vous pouvez aller très loin dans la morosité et la noirceur.
Je crois que ce n’est pas la peine, en fait. J’ai l’impression que l’humain est la seule espèce sur Terre à se faire payer mille fois ses erreurs. C’est-à-dire, un animal fait une erreur, il apprend, passe à la suite, continue, ne reste pas dans son lit toute la journée. Il vit, il a besoin de vivre.
J’ai beaucoup réfléchi sur le fait que tout d’un coup, en perdant cette identité, j’en retrouvais une autre qui était celle du dépressif et je me confortais dans ce mélodrame. Il y avait quelque chose de très vicieux. Ce n’est pas facile de s’en sortir parfois parce que tout devient routine. Tout ce qu’on fait devient pour notre cerveau une routine, même si c’est dur, même si c’est inconfortable, même si c’est une dépression.

Perte d’identité et piège du « faux self »
Margaux : Si je devais résumer, la dépression apparaît chez toi parce que cette rupture amoureuse vient remettre l’identité que tu t’étais construite à travers cette relation, ce faux self peut-être que tu avais, ces faux semblants. Mais en plus de ça, tu avais la culpabilité de mettre fin à une relation alors que tu t’étais interdit de le faire, sûrement parce que tu avais souffert toi-même de la séparation de tes parents. Avec cette perte d’identité, tu es peut-être allé chercher inconsciemment une nouvelle identité à travers cette posture du dépressif, ce qui te confortait dans un mal-être. Si je résume bien, il y a eu ce cheminement chez toi ?
Raphaël : Oui, c’est très bien résumé. Et c’est vrai que quand on est en couple, on se sent aimé si tout va bien, si ce n’est pas toxique évidemment. On sent qu’on a une raison d’être. On a une sécurité émotionnelle, mais aussi matérielle, financière. Il faut le dire : à deux, c’est souvent plus facile. C’est ce qu’on se dit, du moins.
Donc, forcément, quand on se retrouve tout seul après des années à être accompagné par une compagne ou un compagnon, forcément, ça fait bizarre. Vous pouvez même être en colère contre vos parents, être dans une fuite en avant où vous changez de pays — ce qui était mon cas. Je suis allé vivre en Espagne. Mais si ça se passe bien avec votre couple, vous êtes tout feu tout flamme, vous avez l’impression qu’en fait, rien ne peut vous arrêter ! Vous avez votre couple, donc ça va. Vous avez votre compagnon des quatre cents coups. On part à l’aventure, et ce n’est pas grave.
Rupture et dépendance affective : le retour au passé familial
Raphaël : Mais c’est dangereux, parce que ça nous empêche de regarder ce qu’on n’a pas réglé à l’endroit de notre enfance et avec nos parents. Or, c’est grâce à cette dépression et à la suite de cette rupture que je me suis rapproché de ma mère et de mon père, avec qui j’étais en froid.
La dépression amoureuse, c’est quelque chose, je pense, de commun à beaucoup de personnes. On a une forme de dépendance affective et, quand on vit une rupture après une longue relation, on a investi beaucoup de temps et d’énergie. Et parce qu’on aime la personne — il ne faut pas croire qu’on quitte une personne parce qu’on ne l’aime plus, ce n’est pas aussi simple que ça.
Si ça l’était, dans ce cas-là, les ruptures… ce serait comme des ruptures conventionnelles : on signe un papier et c’est fini.
Ce n’est pas si simple une rupture amoureuse. Chez moi, il y a eu de la confusion. On peut avoir une intuition, se dire que notre couple est arrivé en fin de cycle, qu’il faut rompre, que c’est mieux même pour l’autre personne et pour nous-mêmes… mais on peut aussi être confus.
Moi, j’ai commencé à douter. La culpabilité m’a fait douter, et le doute m’a ensuite… paralysé. C’est très pernicieux, le doute : à trop réfléchir, on se paralyse. On se paralyse dans un état de dépression, dans mon cas.
Margaux : Il y avait une perte de repères totale à ce moment-là pour toi, finalement ?
Raphaël : Oui. Je vis en Espagne, j’ai quitté mon pays pour cette personne. Qu’est-ce que je fais après la rupture ? Est-ce que je reviens en France ? Chose que j’ai d’ailleurs essayée — avec un syndrome du retour assez dur à porter. Parce que, quand vous avez passé beaucoup de temps dans un autre pays, votre propre pays de naissance devient un peu étranger pour vous.
Margaux : Pour aider ceux qui nous écoutent à comprendre la dépression, comment la maladie s’est-elle manifesté chez toi ?
Dépression et anxiété : à quoi ressemblait la maladie ?
Raphaël : Ça a déjà été de l’anxiété vraiment chevillée au corps. C’est-à-dire : avoir peur de la nuit, peur de dormir, peur du manque de sommeil parce que vous voyez les heures défiler, sans fermer l’œil. Et donc, vous suez, vous trempez les draps de sueur. Vous avez vraiment cette anxiété qui vous donne l’impression… qu’elle ne partira jamais. Et évidemment, plus vous vous focalisez sur elle, moins elle a envie de partir.
Avec les insomnies, le corps, le cerveau ne fonctionnent plus bien. Vous avez du mal à sécréter, je suppose, les hormones — sérotonine, endorphine, dopamine — dont vous avez besoin pour vous sentir à minima bien et affronter la journée.
Certaines choses banales deviennent très difficiles. Sortir, acheter une baguette de pain, c’était un combat…
Paralysie anxieuse : quand les actes simples deviennent un combat
Raphaël : Une fois, je me rappelle que je devais refaire ma carte d’identité. Je suis resté bloqué devant l’interstice où je devais insérer la pièce pour faire la photo. J’étais dans un état de paralysie anxieuse.
Et là, on se demande vraiment ce qui nous arrive. On ne se reconnaît plus.
On se regarde parfois dans la glace, on se dit : “Mais je ne sais pas ce que je vois. Je ne sais pas qui est cette personne. Je ne sais plus qui je suis.”
Là, il faut chercher de l’aide. Il faut prendre ça très au sérieux.
“C’est vraiment l’esprit qui a mal. C’est l’âme qui souffre. Et on ne devrait pas attendre.” – Témoignage de Raphaël
Je fais souvent le parallèle : si j’avais un mal de dents vraiment fort, je chercherais dans l’heure un rendez-vous chez le dentiste. Or, ce n’est pas quelque chose qu’on fait quand on est dans un état émotionnel comme celui que je viens de décrire.
Et pourtant, on devrait. Parce que c’est vraiment l’esprit qui a mal. C’est l’âme qui souffre. Et on ne devrait pas attendre.
Sortir du déni : l’aide du psychiatre, du psychologue et des proches
Raphaël : Il y a des psychiatres, des psychologues qui sont là pour nous guider, nous aider, voire nous donner, le cas échéant, des médicaments.
À la base, j’étais contre la psychiatrie, contre les médicaments.
Margaux : Pour quelles raisons tu étais contre à ce moment-là ?
Raphaël : Parce que ça voulait dire assumer le fait que j’étais débordé par moi-même, que je n’arrivais plus à gérer ma vie, me sentir défaitiste, assumer une forme de défaite.
Et je crois que ça a peut-être à voir avec l’imaginaire collectif. On est dans une société où il faut fonctionner, être productif, lever la tête, sourire, ne pas trop parler de ses problèmes. Il faut être “fonctionnel”.
Le tabou de la psychothérapie : « assumer une forme de défaite »
Raphaël : J’ai l’impression qu’en France en particulier — même si ça change —, il y a encore un tabou. Dans d’autres pays, c’est admis, ça fait partie du quotidien.
Par exemple, en Argentine, c’est tout à fait normal d’avoir un psychologue. C’est même bizarre si tu n’en as pas ! C’est très étrange : “Tu n’as pas de psy ? Tu n’es pas bien dans ta tête ?”.
Donc, c’est presque l’inverse.
Et j’ai eu beaucoup de mal à passer ce cap : me dire “Raph, t’as besoin d’aide, t’as besoin de voir un médecin.” C’est un médecin de la psyché, mais c’est un médecin.
Je pense que j’ai été trop dur avec moi-même. Vous avez des personnes plus douces avec elles-mêmes, qui ont beaucoup moins de mal à franchir ce cap.
Margaux : Quand on a parlé de ce podcast, tu avais évoqué le déni, le fait que tu avais mis du temps à reconnaître ta dépression. Qu’est-ce qui t’a aidé à accepter la maladie et à sortir du déni ?
Accepter la maladie et sortir du déni grâce aux proches
Raphaël : Je crois que ce qui m’a aidé le plus, c’est d’être à l’écoute de mes proches, de ceux qui m’entourent, qui me disent : “Tu as peut-être arrêté de prendre tes antidépresseurs trop tôt. Peut-être que tu n’as pas complètement guéri. Peut-être que ça serait bien de refaire quelques séances avec un psy.”
Et là, évidemment, vous pouvez être encore dans le déni : “Non, non, mais ça va très bien. Je ne peux pas passer ma vie à voir un psy.”
Mais je crois qu’en fait, si vous aimez vraiment les gens, vous les écoutez — surtout vos proches. Parfois, ils vous veulent du bien, mais ils peuvent vous faire du mal parce qu’ils présentent les choses trop durement ou maladroitement. C’est arrivé. Mais c’est quand même utile, car ils ont le droit de vous dire quand ils estiment que vous pataugez encore.
Et dans mon cas, je crois que même si j’ai beaucoup avancé et que je me sens fort pour ne pas retomber dans un état dépressif morbide, je me dis : “Tu n’es peut-être pas complètement guéri.”
Quand on a, par exemple, un gros accident, une fracture ouverte, on subit une opération, puis il y a un suivi, de la rééducation. C’est un peu pareil : oui, on a fait le plus dur, mais il faut voir des mois ou des années plus tard si c’est vraiment guéri, si on remarche normalement.
Ce qui me dérange, c’est qu’avec la psychothérapie, on ne sait pas trop.
On n’a pas de deadline. On ne sait pas quand on sera guéri.
Quand c’est un mal physique, on a des échéances, c’est tangible : “Voilà monsieur, la fracture est résorbée, dix séances et ce sera fini.”
Mais l’âme, c’est différent. Quand est-ce qu’on peut dire que l’âme a guéri d’un état dépressif ? Quel est le critère ?
Donc je me disais : “Oui, mais donc, je fais quoi ? Une séance par semaine ? Deux ? Pendant combien de mois ?”. C’est très subjectif.
Et j’avais toujours l’impression que si je me lançais là-dedans, j’allais faire vingt-cinq ans de thérapie — et je n’en avais pas envie, évidemment.
Moi, j’ai fait pas mal de séances. Mais certaines personnes en thérapie depuis des années vous diront que ce n’est pas assez… et elles ont sans doute raison.
Margaux : Oui, je crois qu’il y a un peu toutes les expériences. Moi, pour ma part, ça a été un an et quelques mois. D’autres ont besoin d’un peu plus de temps. Ça dépend du rapport qu’on a aussi avec le thérapeute. Si on met les deux pieds dans le plat ou si on tergiverse…

L’expérience de la psychothérapie
Margaux : Avec le recul, quelle a été ton expérience de la psychothérapie ? Pour toi, est-ce que ça a été aidant pour soigner cette dépression, pour aller mieux ?
Raphaël : Oui. Ce sont des personnes qui ont fait des études pour ça. Alors effectivement, il faut que ça matche, il faut que vous vous sentiez à l’aise, accueilli.
Je crois que déjà, c’est forcément utile, parce que vous cessez d’être un poids pour vos proches – je suis désolé de le dire comme ça. Vous allez chercher de l’aide auprès d’une personne dont c’est le métier, qui est rémunérée pour ça. Et donc, déjà rien que pour cette raison, pour moi, c’est suffisant : donner un peu d’espace et de souffle à sa famille, et aller plutôt vers un pro, plutôt que de passer trop de temps à ruminer vos problèmes avec vos proches.
Et lui, il saura en plus vous aiguiller.
Le tabou des antidépresseurs : une « béquille » parfois nécessaire
Raphaël : Je crois aussi que – si je puis me permettre une petite parenthèse sur les médicaments – à un moment donné, je n’arrivais tellement pas à dormir, j’étais tellement dans un état dépressif grave, que j’ai quand même eu recours à du Tercian. C’est un médicament assez fort. Et puis ensuite, j’ai pris de l’Anafranil.
Certains diront que c’est de la drogue légale, que c’est un leurre… Effectivement, je n’étais pas pour, mais ça m’a quand même aidé. Ça a été une bonne béquille pour pouvoir me relancer, pour déjà me refaire dormir au moins six, sept heures.
Dépression : les signes d’une situation d’urgence
Margaux : Pour remettre dans le contexte, tu étais dans une situation d’urgence. Tu avais une telle anxiété que tu ne dormais plus. Ton cerveau était dans un état de bug. Moi, j’ai un peu l’image du bug informatique. Il fallait donc être auprès d’un médecin psychiatre dans un premier temps pour obtenir des médicaments qui t’obligent à dormir.
Dormir était la priorité, pour ensuite retrouver une présence d’esprit et entamer un travail thérapeutique avec un psychologue.
Raphaël : Oui, si vous n’êtes pas a minima fonctionnel, que votre cerveau dort à peine trois heures par nuit, comment pouvez-vous faire une séance de psychologie convenable ?
Encore une fois, c’est comme si vous veniez de vous fracturer la jambe. On ne va pas tout de suite envisager de vous faire remarcher. Il va falloir déjà remettre l’os en place, passer au bloc opératoire. Il y a d’abord le traitement d’urgence.
Ce qui est dommage en fait, c’est d’en arriver là. Normalement, on ne devrait pas en arriver là : on devrait pouvoir aller voir un psychologue en amont pour prévenir ces cas-là.
Je ne sais pas si c’est toujours possible. Je pense qu’il y a aussi, malheureusement, des troubles psychiques graves qui sont encore un mystère. On ne sait pas s’il y a une part génétique ou pas. Donc loin de moi l’idée que ça réglerait tout.
Mais je pense que dans mon cas, j’aurais dû aller voir un psy en amont.
Margaux : Oui, et en même temps, en t’écoutant, tu as fait ce que tu as pu. Il y a beaucoup d’inconscient : notre histoire familiale et nos traumas conditionnent beaucoup nos prises de décision et nos actes à l’âge adulte. On n’en a pas toujours conscience. Et puis un jour, potentiellement, il y a une boîte de Pandore qui s’ouvre… Moi, en t’écoutant, j’ai cette image de quelqu’un qui a fait comme il a pu, et à un moment donné, il y a tout le passé qui est revenu au galop. C’est à ce moment-là que tu as commencé à prendre soin de toi, avec l’aide de ta famille.
Détonateur de la guérison pour Raphaël : prendre soin de soi, c’est prendre soin des autres
Raphaël : Oui. Et puis j’ajouterais qu’un des détonateurs, ça a été une phrase que m’a dite ma mère. Elle m’a dit : “Tu sais, prendre soin de soi, c’est prendre soin des autres.”
Et ça m’a beaucoup marqué, alors que j’étais dans un état déplorable. Mais ça a quand même laissé une empreinte. Je n’ai jamais oublié cette phrase, et j’y repense souvent.
C’est-à-dire que je me dis : “Raph, si tu veux vraiment aimer les gens, si tu veux les aider, il faut que tu sois bien déjà avec toi-même. Sinon, comment veux-tu les aider ? Tu vas être un poids.
Un poids dans le sens objectif du terme — ce n’est pas pour culpabiliser la personne dépressive. Mais dans les faits, vivre à côté d’un dépressif, c’est très dur. Parce que les aidants ne sont pas forcément eux-mêmes au top au quotidien. Si en plus on doit gérer quelqu’un qui ne peut plus se gérer lui-même, ça devient compliqué. Surtout si c’est un proche, quelqu’un qu’on aime, avec qui il n’y a pas cette barrière émotionnelle.
C’est en ça que le psychologue est mieux armé, je pense. C’est un professionnel, qui garde un certain détachement émotionnel. Même si, évidemment, ce n’est pas facile non plus pour eux.
Mais je pense qu’effectivement, quand on arrive à avoir cette prise de conscience, on fait déjà un pas en avant :
“Ok, je suis dépressif, je ne suis plus dans le déni, je vais chercher de l’aide — d’un psychologue et/ou d’un psychiatre. Et en me soignant moi, je prends soin des autres.”
Ça, c’est déjà énorme.
Face à une personne dépressive : dire les choses frontalement ou non ?
Margaux : Oui, c’est clair. J’aimerais revenir juste sur cette notion de déni dont tu as un peu parlé. Tu disais tout à l’heure que, dans ton cas, ce sont tes proches qui t’ont aidé, en te disant certaines choses à des moments clés. Certains étaient un peu frontaux, tu disais, et parfois c’est nécessaire.
J’ai tendance à penser que si on est frontal avec quelqu’un qui est dépressif, le risque est qu’il se braque. En fait, si la personne est déjà dans le déni, a priori, si on la confronte à sa dépression, elle va juste se refermer comme une huître.
Mais toi, tu dis qu’à l’inverse, ça a pu te bousculer positivement, si je comprends bien ?
Raphaël : Vous êtes sur la défensive quand vous recevez ce genre de remarques, parce que ce n’est pas plaisant. Ce n’est pas plaisant qu’on vous dise : “Tu as besoin d’un psy”.Ce n’est pas plaisant qu’on vous dise : “J’en peux plus, va trouver quelqu’un pour parler de tes soucis”.
Mais je crois que de toute façon, il y a des moments où, si la personne est vraiment au plus mal, on ne dit pas ce genre de choses. Déjà parce qu’elle n’est pas réceptive, et puis on n’oserait pas. Moi, personnellement, si je vois une personne dans le mal absolu, bien sûr que je ne lui dis pas ça. Par contre, ce que je peux faire, c’est l’accompagner, prendre un rendez-vous pour elle, et l’accompagner à sa première séance de psy — et même les suivantes, si besoin.
Mais si plusieurs mois ou années après, ça patauge encore un peu et que la personne est à même d’entendre les choses, alors oui pourquoi pas lui dire frontalement.
🔎 Lire aussi l’article 4 conseils pour aider une personne dépressive dans le déni.
Raphaël : Je crois que, de toute manière, l’agressivité — dans le ton, dans la forme — c’est jamais bon. La douceur triomphe toujours de la dureté.
Mais je comprends aussi que ce ne soit pas facile. Encore une fois, un proche qui vit avec une personne dépressive, c’est aussi une personne en détresse, d’une certaine manière.
Elle aura peut-être, elle aussi, besoin d’une psychothérapie.
Margaux : C’est très juste, ce que tu dis.
Raphaël : On est tous candidats, en fait. Et c’est aussi ça : pour éviter le déni, il faut arrêter de se glorifier, arrêter de croire qu’on est des super-héros, et comprendre que ça peut arriver à tout le monde, à tout âge.
Quand on est un peu humble sur ce point-là, on se dit : “Tu sais quoi ? Ouais, je vais faire les choses bien. Je vais aller chercher de l’aide. Je vais arrêter de fanfaronner, de me mentir… L’important, c’est d’aller bien. Quel est le personnage que j’essaie de défendre ici ? Quelqu’un qui travaille dix, onze heures par jour, qui n’a jamais mal à la tête, qui est toujours au taquet ? C’est ridicule. Ça n’existe pas.”
Et puis on vit à une époque où, sur les réseaux sociaux, il y a beaucoup de fake. On se montre sous son meilleur jour, et ça nous fait croire qu’on doit être comme ça.
Mais ce n’est pas vrai.
Les meilleures entreprises dans lesquelles j’ai travaillé, ce sont celles qui ont commencé à s’ouvrir sur le sujet : celles qui proposent un budget de psychothérapie à leurs employés — que ce soit via des plateformes en ligne ou en laissant chacun choisir son thérapeute.
Voilà le genre d’entreprises qui vivent avec leur temps, qui ne sont pas dans le déni.
Je crois que le déni, c’est une affaire collective.
Deux livres pour sortir de la dépression et se reconnecter au présent
Margaux : Au-delà de l’échange avec un psychiatre et un psychologue, est-ce qu’il y a d’autres choses qui t’ont aidé à te soigner, à retrouver une lucidité, une clarté d’esprit, à réaffirmer ton identité et à sortir de la dépression ?
Raphaël : Oui. Il y a eu deux livres importants : Le pouvoir du moment présent d’Eckhart Tolle, et Les quatre accords toltèques de Don Miguel Ruiz.
Le premier m’a fait prendre conscience que j’étais trop dans le passé, que je ruminais — donc dans une forme de tristesse qui faisait partie de mon identité — et que je m’inquiétais trop du futur, que je regardais avec anxiété.
Il m’a appris qu’on ne vit que dans le présent, qu’on ne peut composer qu’avec lui. Et quand on parvient à focaliser sa pleine conscience sur le présent, on va beaucoup mieux.
Retrouver la clarté : l’importance de la pleine conscience
Raphaël : Et puis Les quatre accords toltèques, parce que le premier accord qui est “Que votre parole soit impeccable”, ce n’est pas seulement la parole envers les autres, mais aussi celle envers soi-même. C’est notre dialogue intérieur. Pour prendre conscience de son dialogue et son état intérieur, on peut faire des petits exercices très simples. Par exemple, faire un checking émotionnel matin, midi et soir — ou simplement quand on sent que ça ne va pas. “Ok, qu’est-ce qui se passe en moi maintenant ? Pourquoi est-ce que j’ai de l’anxiété ? Pourquoi je ressens cette peur ? Pourquoi je transpire ?”.
Et souvent, on se rend compte qu’il y a des pensées, des croyances qui ressurgissent à la surface.
🔎 Lire aussi l’article 4 étapes pour mieux gérer ses émotions et ne plus les subir.
Raphaël : Dans Les quatre accords toltèques, on parle de ces croyances qu’on a créées et admises depuis l’enfance, et qui nous font souffrir.
Dans mon cas, par exemple, c’était : “Tu n’as pas le droit de te reposer”. C’est comme s’il y a toujours potentiellement un souci. Il faut que tu sois dans un état d’hypervigilance. Même si tu as beaucoup bossé dans la journée, tu te sens un peu coupable si tu te reposes. Il y avait ce genre de choses chez moi.
Et en fait, c’est abyssal. Je me suis rendu compte qu’il y avait tout un pan de ma psyché qui consistait à répéter les mêmes patrons conditionnés. Dès que mon cerveau est en mode panique — il me dit, “il faudrait que tu fasses ça” ou “attention ici”… Bref, il y a tout un tas d’anxiété sur tout un tas de sujets ; donc quand mon cerveau est en mode panique, j’observe et j’essaye d’aider mon cerveau à se déconditionner. Je lui dis : “Merci cerveau d’être dans un état d’alerte, mais cette peur psychologique n’a pas lieu d’être, elle n’existe pas.”
Croyances limitantes et la force de « l’impeccabilité de la parole »
Raphaël : Alors bien sûr la peur s’exprime à juste titre parfois. Si vous êtes face à un loup affamé dans la forêt, oui, vous avez raison d’avoir peur, l’adrénaline monte, la peur vous fait courir ou vous cacher. C’est l’instinct de survie. Mais là, on parle de la peur psychologique.
Le cerveau n’a pas l’air de faire beaucoup la différence entre ce qui se passe vraiment là, face à moi, et ce que je me mets dans la tête, le scénario, le film qui est dans ma tête. Ces scénarios catastrophes créent du cortisol, une tension dans le corps, une anxiété, potentiellement une dépression derrière.
Voilà des livres qui m’ont donné des clés. J’ai créé de nouveaux réflexes conditionnés, mais cette fois-ci axés sur mon bien-être.
Margaux : Ces livres t’ont accompagné dans un travail d’introspection. Mais pour faire ce travail là, il faut s’autoriser à ressentir les émotions et avoir une capacité à les nommer, à poser des mots dessus, ce qui n’est pas toujours évident. Il y a des personnes qui ont de grandes difficultés à faire ça. Dans ton cas, je pense que tu avais déjà des capacités, ou du moins qu’avec la psychothérapie, ça t’a permis d’apprendre à le faire.
J’ai à cœur de le préciser pour ceux et celles qui nous écoutent, parce que certaines personnes sont incapables de nommer leurs émotions. On parle d’alexithymie. Ne culpabilisez pas si pour vous c’est un exercice qui est très difficile, ce n’est pas évident quand on n’est pas accompagné par un psychologue ou psychiatre.
Du déni à la guérison : l’état de Raphaël aujourd’hui
Margaux : Pour revenir à toi Raphaël, comment te sens-tu aujourd’hui ?
Raphaël : alors, je me sens évidemment mieux parce que déjà, je suis capable de faire des nuits complètes, décentes. Ça, ça a été vraiment une peur de ne plus pouvoir dormir.
Il faut préciser quand même qu’en raison de cette dépression, j’ai quand même perdu mon emploi. Comme j’étais quelqu’un qui avait à cœur d’être toujours au service des autres, d’être un bon employé, quelqu’un de fiable, ça a été très dur de perdre mon emploi. J’ai eu beaucoup de mal à rebondir et à me pardonner là encore et à me dire que ce n’est pas grave.
“J’ai appris à être un peu plus tendre avec moi, même si je suis encore parfois trop dur.” – Témoignage de Raphaël
Raphaël : Là où je vais mieux, c’est que j’ai appris à être tendre avec moi, même si je suis encore trop dur parfois, et que j’ai encore des réflexes conditionnés.
Là où je me sens vraiment optimiste, c’est que je ne prends pas ce que j’ai fait pour acquis. J’ai l’intention de refaire encore quelques séances de psychothérapie. Je ne suis pas dans le déni. Et maintenant, je prends les devants. Je n’ai pas besoin qu’on me montre le chemin. Je vais sans doute faire qu’une séance par mois pour rester aussi dans la vie active. Pour répondre à ta question : plutôt bien, mais je suis quand même un petit peu vigilant sur mon état.
Margaux : Ce que j’entends c’est qu’il a la volonté encore de clarifier certaines choses, mais cette fois-ci, tu es plus sur du préventif pour éviter de retomber dans des schémas. La volonté de ne plus être dans le déni, ça, c’est sûr, et de clarifier certaines choses qui restent en suspens, peut-être encore des croyances limitantes.
L’art d’incarner la sagesse et la fin du conditionnement
Raphaël : Oui, je pense que j’ai envie d’une vraie renaissance. Je suis quelqu’un d’assez friand de lectures liées à la sagesse, au développement personnel… mais souvent il y a une contradiction entre ce que je lis, ce que j’aime, et ce que je suis vraiment capable d’incarner.
C’est là que je me dis que j’ai encore du chemin à parcourir en psychothérapie. C’est une chose de dire, de reconnaître une vérité, c’en est une autre de l’incarner.
Quand Lao Tzu vous dit : « finissons avec tes problèmes, arrête de penser », vous vous dites : « d’accord, mais est-ce que je suis capable de faire ça ? ». Je crois que c’est possible. J’ai entraîné mon cerveau à se reconnecter au présent, au corps et à la respiration. À se reconnecter vraiment à ce que je suis en train de faire aussi. Quand je fais une tâche, même quand je travaille, j’essaie vraiment d’être à cent pour cent sur ce que je fais et pas l’esprit ailleurs, à penser au lendemain. C’est vrai que j’ai toujours cette envie d’incarner mes lectures. Et ce n’est pas facile.
Conseils pour aider un proche d’une personne dépressive et vulnérable
Margaux : J’ai une dernière question pour toi. Admettons qu’un ami se confie à toi parce qu’il ne sait vraiment pas quoi faire pour aider une de ses proches qui est dépressive et dans le déni. On est du côté de l’aidant. Il est démuni, il ne sait pas quoi dire et quoi faire auprès de cette personne. Quels conseils lui donnerais-tu ?
Raphaël : Qu’elle raconte son histoire. Les personnes dans le mal-être sont toujours plus enclines à vous écouter quand vous parlez de vous-même. Parce qu’elles ne se sentent pas jugées. Elles ont la possibilité de s’identifier à vous et de comprendre qu’elles ne sont pas seules dans le bateau.
“S’autoriser à être un peu vulnérable pour mettre en confiance.”
Raphaël : Je crois que quand on parle de sa propre histoire, les gens sont assez réceptifs. Surtout quand c’est avec honnêteté, presque sans filtre. Que vous soyez parent ou conjoint, c’est peut-être l’occasion de réfléchir vous-même sur votre psyché, votre état mental, votre vie. Et d’aider cette personne en disant : « Tu sais, moi aussi, dans ma jeunesse ou à telle période de ma vie, j’ai aussi ressenti cette même émotion, j’étais aussi dans une détresse psychologique. » D’en parler, ça peut décloisonner le dialogue et vraiment aider la personne.
Margaux : Montrer, s’autoriser à être un peu vulnérable pour mettre en confiance finalement ?
La vulnérabilité, une force pour briser le masque de la virilité
Raphaël : Oui, je crois que c’est encore une valeur, la vulnérabilité, la douceur aussi. Ce sont peut-être des valeurs qui sont parfois mal perçues dans certains domaines, je pense aux professionnels, mais les lignes bougent un peu, heureusement.
Je crois que c’est bien qu’un homme, en particulier, s’autorise à ne pas être dans la virilité, à porter un masque de fonctionnalité, à être solide. C’est bien aussi s’il pleure, s’il admet ses fautes, s’il dit qu’il n’en peut plus.
Peut-être qu’en fait, il y a beaucoup d’hommes qui ont l’air très bien en apparence, mais qui souffrent énormément de leur personnage. J’ai complètement revu mon dialogue intérieur. Je voulais être quelqu’un qui brillait à bien des égards, et ça, je trouve, ça m’a fait beaucoup de mal, en fait. Cet égo, cette construction égotique, au final, m’a desservi.
Pour conclure, je dirais que ma dépression a implosé parce que je ne pouvais plus vivre avec ce moi.
Margaux : En fait, la dépression, ça a été comme un gros stop face à toute la construction identitaire et aux faux-semblants. C’est un peu comme si ton corps et ton esprit disaient : “Là, ce n’est plus possible, on est arrivé au bout du bout. La pièce devait être terminée depuis longtemps. Ce personnage ne m’intéresse plus. Je ne veux plus l’incarner.”
Merci infiniment Raphaël.
C’était stimulant et touchant de t’écouter. Merci de témoigner avec courage. J’espère en tout cas que cet échange aura permis de donner un peu d’espoir à celles et ceux qui nous écoutent, pas seulement à ceux qui souffrent de dépression, mais aussi aux aidants. Merci Raphaël, et je te dis à bientôt !
Raphaël : Merci beaucoup pour ce podcast. À bientôt.

A propos de l’auteur
Article rédigé par Margaux Damain, fondatrice de Sous le tapis, rédactrice et podcasteuse spécialisée en santé mentale. Margaux s’appuie sur des études scientifiques (revues systématiques et méta-analyses), des ouvrages de psychiatres et psychologues, ainsi que des témoignages sensibles et courageux pour rendre accessibles les connaissances sur le bien-être psychique. Elle transforme des travaux d’experts en contenus adaptés au grand public. Son objectif ? Démocratiser la santé mentale et encourager chacun et chacune à prendre soin de soi.
