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Article rédigé par Margaux Damain, rédactrice spécialisée en santé mentale et vulgarisation scientifique.

Comment aider une personne dépressive dans le déni ? Que dire à une personne en dépression qui ne veut pas d’aide ? Comment se protéger en tant qu’aidant ? Pourquoi un dépressif est-il dans le déni ?

Si vous vous posez ces questions, vous êtes au bon endroit.

Comment aider une personne dépressive dans le déni ?

Aider une personne dépressive dans le déni demande de la patience, une approche non jugeante et une compréhension de la maladie. Autrement dit, vous devez y aller progressivement pour ne pas braquer l’autre. Sinon vous risquez de perdre sa confiance et il sera alors plus difficile de l’aider. 

Il y a tout de même une exception à la règle ⚠️

Si la personne atteinte de dépression a des idées suicidaires, qu’elle délire ou qu’elle a un comportement dangereux pour elle-même ou les autres, alors il faut appeler le SAMU (le numéro 15) ou SOS Psychiatrie. Dans ce cas, vous n’attendez pas d’avoir le consentement de la personne car sa vie est en danger. La décision n’est pas facile mais il vaut mieux prendre le risque que la personne dépressive vous en veuille sur le moment, plutôt qu’elle se mette en danger. 

A l’inverse, si vous pouvez vous permettre d’être dans le dialogue, voici 4 conseils pour aider un dépressif.

Conseil 1 : informez-vous le plus possible

Il y a de nombreux stéréotypes autour de la dépression. Par exemple, la dépression n’est pas un manque de volonté comme certains peuvent le croire. C’est une maladie qui altère profondément le cerveau et la motivation. 

En vous informant un maximum, vous serez plus en empathie. Vous aurez plus de chances d’avoir les mots justes et la bonne attitude face à la dépression d’un proche.

Conseil 2 : amenez le dialogue en douceur

Vous avez déjà ressenti de l’impatience face à la personne qui fait une dépression ? C’est normal ! Ne culpabilisez pas. 

Retenez toutefois que l’autre vit les émotions de manière disproportionnée. Ce qui, pour vous, n’est pas grand chose, est très mal vécu par l’autre. Autrement dit, ne vous énervez pas, soyez patient au risque de braquer la personne et perdre sa confiance.

7 techniques pour un dialogue bienveillant

L’objectif est d’amener l’autre à verbaliser son mal-être car c’est nécessaire pour prendre conscience de sa dépression. Offrez-lui un espace sécurisant de dialogue. Comment ? Voici quelques techniques pour faciliter une conversation bienveillante 👇

  • Parlez en votre “Je” pour être dans le non-jugement
  • Posez des questions ouvertes
  • Rapportez-vous à des faits 
  • Écoutez attentivement et beaucoup (écoute active)
  • Déculpabilisez 
  • Parlez de votre propre expérience
  • Dites à l’autre que vous l’aimez

Zoom sur chaque technique

Parler en son « Je » et dire “Je m’inquiète de te voir toute la journée seul dans ta chambre” n’a pas la même valeur et ne dit pas la même chose que “Tu es triste” ou “Tu t’isoles”. Quand vous dites “Tu es triste”, vous utilisez le « tu » et vous portez un jugement sur l’autre. Malgré vos bonnes intentions, l’autre ne vous a pas autorisé à porter un jugement sur son comportement et son état. Il peut le vivre comme une intrusion et se refermer comme une huître ! En vous attachant à vous et à vos émotions (“Je m’inquiète”), vous montrez par ailleurs que vous vous intéressez à l’autre, que vous souhaitez l’aider.

De plus, vous remarquerez que dans la phrase “Je m’inquiète de te voir toute la journée seul dans ta chambre”, on se rapporte à des faits (le fait d’être toute la journée dans sa chambre). Se rapporter à des faits est plus difficile à nier. 

Ensuite, posez des questions ouvertes. Contrairement à une question fermée (à laquelle on répond par “oui” ou “non”), la question ouverte aide la personne présentant une dépression à élaborer et mettre des mots sur son état. Ne nommez pas la dépression (“Tu es dépressif”) qui pourrait être balayée d’un revers de la main par l’autre qui ne supporte pas l’idée d’être dans un tel état ! Voici quelques exemples de questions ouvertes : “Comment te sens-tu ?”, “Pour quelles raisons tu ressens / dis / fais ça ?”, “Qu’est ce qui te fait dire / penser ça ?”, “De quoi aurais-tu besoin ?”, etc. 

Par ailleurs, n’hésitez pas à rassurer l’autre s’il se sent coupable. Culpabiliser est fréquent chez les personnes en dépression. Rassurez-la sur le fait que c’est normal de ne pas accomplir des choses quand on traverse des moments difficiles. C’est normal d’avoir besoin d’aide dans ces moments là. Pour la déculpabiliser, vous pouvez aussi partager votre propre vécu (ou celui d’un proche). Montrer soi-même sa propre vulnérabilité peut aider l’autre à s’ouvrir. 

Enfin, vous pouvez lui rappeler, lui dire que vous l’aimez et que vous êtes là pour elle. Cela aide à créer un climat de confiance et de sécurité.

Parler à un dépressif : un exemple de phrase à dire ⤵️

“Je suis précoccupé par ta santé, car tu m’as dit la dernière fois que tu n’avais plus d’énergie et de motivation pour faire des activités qui habituellement te font plaisir. J’ai l’impression que tu es très triste et perdu en ce moment. Comment te sens-tu ?”

Conseil 3 : faites preuve de beaucoup de patience

Sauf situation d’urgence (pensées suicidaires, délire, comportement dangereux), vous devez respecter le rythme de la personne. Si elle est dans le déni, ce n’est pas sans raison. C’est un mécanisme de protection face à un choc émotionnel trop douloureux pour elle aujourd’hui. 

Le chemin de l’acceptation peut être long, donc ne vous énervez pas, ne cherchez pas à convaincre ni à contraindre l’autre à reconnaître son mal-être. De plus, prenez votre temps pour l’aider. Enfin, si vous sentez que vous n’en pouvez plus, prenez soin de vous et parlez-en à des proches de confiance voire votre médecin traitant.

Conseil 4 : encouragez la personne à se soigner

Avant d’en arriver à ce stade, vous avez pris le temps de dialoguer avec votre proche. La personne en dépression a pu mettre des mots sur sa souffrance et cela vous donne une occasion de l’encourager à consulter. 

Pour encourager un dépressif à se soigner, vous pouvez lui conseiller dans un premier temps d’aller consulter son médecin traitant (ou tout médecin généraliste en qui il ou elle a confiance). Cela permettra de faire un bilan de santé et d’être bien orienté (traitement, parcours de soin). De plus, cela peut être utile si vous pensez que la personne qui a une dépression est réfractaire à consulter un psychologue ou psychiatre en première intention. 

Si votre proche finit par reconnaître sa dépression, qu’il est capable de l’exprimer et qu’il garde sa capacité d’analyse, vous pouvez lui conseiller d’être accompagné par un professionnel en santé mentale (psychiatre ou psychologue).

💡 Voici quelques ressources utiles

Ce qu’il ne faut pas dire ou faire auprès d’une personne en dépression

Voici une liste des choses à ne pas faire au risque que le problème s’empire : 

  • S’opposer frontalement (hors cas d’urgence)
  • Juger la personne 
  • Minimiser son état 
  • Invalider ses émotions 
  • Infantiliser l’autre en faisant à sa place
  • Perdre patience 
  • Faire du chantage 
  • Stigmatiser car elle n’arrive pas à surmonter ses problèmes
  • Culpabiliser 
  • Donner des conseils génériques

Ceci étant dit, rappelez-vous : vous faites de votre mieux. Si vous sentez que vous perdez patience, si vous êtes démuni(e), si vous n’en pouvez plus alors parlez-en à des proches ou à un professionnel pour obtenir des conseils.

Que faire en cas de situation d’urgence ?

Les 5 signes d’une situation d’urgence

Une situation d’urgence psychiatrique nécessite une action rapide de votre part. Dans ce cas, il faut appeler le SAMU au numéro 15 ou bien SOS Psychiatrie. 

Comment reconnaître une situation d’urgence chez un dépressif

🔎 Voici 5 signes qui doivent vous mettre la puce à l’oreille : 

  • La personne en dépression tient des propos suicidaires. Une tentative de suicide est aussi un signal d’alarme. 
  • Elle délire (idées de persécution, idées de ruine ou d’incurabilité…)
  • Elle fait des crises récurrentes d’anxiété
  • Elle a un comportement dangereux envers les autres et/ou envers elle-même (scarifications par exemple)
  • Son état de santé corporelle est en déclin : elle souffre d’anorexie, d’amaigrissement, de ​​déshydratation…

Contraindre son proche : surmonter la culpabilité

Lorsqu’une personne dépressive est en situation d’urgence, l’aidant doit parfois prendre la décision difficile d’une consultation ou d’une hospitalisation forcée. Cet acte est impératif

Mais comment déconstruire les réticences fréquentes face à cette nécessité ? 

Votre proche refuse de se faire soigner

L’argument “il ne veut pas” doit être écarté en cas de crise majeure. Dans ces moments, la personne est en perte de discernement. Son refus n’est pas un choix éclairé, mais un symptôme de son trouble. L’hospitaliser contre son souhait n’est pas une option, mais une obligation de protection pour éviter une issue fatale (tel que le suicide). 

Vous avez peur du traitement

L’argument “j’ai peur qu’on lui donne un traitement lourd” ne doit pas vous empêcher d’agir rapidement. En effet, lorsque la vie est en jeu, l’approche thérapeutique doit être sans concession. Si par exemple votre proche faisait un infarctus, les médecins lui donneraient un traitement lourd dans un premier temps, car la vie est en danger. C’est la même chose avec une personne qui est à deux doigts de se tuer volontairement ou involontairement.

Vous craignez la rancoeur de votre proche

Cette crainte est rarement justifiée à long terme. La prise de décision par un tiers est souvent un soulagement pour la personne en souffrance. Elle permet à la personne de préserver son image (éviter la honte de se rendre seule en psychiatrie) en reportant la responsabilité sur les autres. Une colère peut survenir initialement, mais elle s’éteint généralement dès que la clarté d’esprit revient. Si l’animosité persiste même après la guérison, cela indique une rigidité psychologique qui mérite elle aussi un accompagnement thérapeutique.

Vous avez peur d’un risque d’abus lors de l’hospitalisation

En France, les mesures de privation de liberté sont rigoureusement réglementées. Hormis le danger immédiat pour autrui, toute contrainte à l’hospitalisation exige la validation conjointe de plusieurs professionnels de santé et d’un membre de la famille. Cette double validation limite énormément le risque d’erreur ou d’abus. Votre intervention est donc un geste de sauvetage encadré.

Comment ne pas s’épuiser avec un dépressif ?

Certains aidants s’épuisent en essayant de soutenir leurs proches dépressifs. Comment se protéger de la dépression d’un proche ? Quelles ressources pour les proches de dépressifs ?

Conseil 1 : trouvez du soutien pour vous-même

On ne peut pas soutenir quelqu’un si on est soi-même en difficulté. C’est comme dans un avion : il faut d’abord mettre son propre masque à oxygène avant d’aider les autres. Si votre proche refuse catégoriquement de se soigner, si vous n’en pouvez plus, si vous êtes perdu, alors trouvez le soutien dont vous avez besoin et que vous méritez.

Cela peut être auprès d’un groupe d’entraide dédié aux aidants, auprès de vos amis ou encore auprès d’un professionnel (médecin traitant, psychologues, psychiatres).

Un groupe de femmes se tiennent les unes aux autres ; c'est un groupe de soutien émotionnel entre aidants de personnes en dépression.

Conseil 2 : évitez de faire à la place de l’autre 

Il peut être tentant de faire à la place de la personne dépressive. Par exemple, vous pouvez être tenté de lui faire ses courses car l’autre est incapable de sortir ou a une peur de la foule. 

De manière ponctuelle, cela peut soulager la personne en souffrance. Mais le risque est de créer un lien de dépendance entre elle et vous. C’est d’autant plus vrai si vous avez le syndrome du sauveur ! 

Ainsi, vous allez vous épuiser tout en prenant le risque d’alimenter involontairement un sentiment d’impuissance chez le dépressif. S’il fait tout pour se soigner, vous pouvez l’aider et lui donner un coup de main de temps à autre. Mais s’il ne s’aide pas lui-même, alors vos efforts seront vains.

Pourquoi un dépressif est-il dans le déni ?

Pourquoi une personne souffrant de dépression refuse-t-elle de voir sa propre maladie ?

Le déni comme étape temporaire

Le déni n’est pas un caprice mais un mécanisme de défense face à la dépression. C’est une stratégie inconsciente de défense psychologique. 

En effet, face à une réalité jugée insoutenable, le déni agit comme un bouclier de protection qui met à distance l’information menaçante. L’individu met de côté cette perception pour un temps. Autrement dit, cela permet à la personne de gagner le temps nécessaire pour mobiliser ses ressources internes. Elle affrontera la douleur émotionnelle quand elle se sentira prête.

Eviter l’angoisse de l’inconnu

Reconnaître l’état dépressif, c’est admettre une profonde incertitude. Cela soulève des questions paralysantes : “comment en sortir ?” ou “vais-je rester dans cet état indéfiniment ?”. Le déni offre un confort illusoire en évitant d’affronter ces questions angoissantes. 

De plus, la dépression est souvent liée à des expériences douloureuses ou des conflits internes. Accepter la maladie peut signifier ouvrir une boîte de pandore et ouvrir la porte à des souvenirs traumatiques ou des émotions enfouies. Le déni est alors comme un rempart contre cette souffrance ancienne, jugée insupportable à gérer dans le présent.

Qu’est-ce que la dépression ?

La dépression est une véritable maladie, ce n’est donc pas un manque de volonté. 

Quand quelqu’un est en dépression, il y a un dérèglement dans son cerveau au niveau de la communication entre les neurones. Ce dérèglement affecte la production et la capture de plusieurs neurotransmetteurs majeurs, comme la sérotonine, la noradrénaline, et la dopamine. Ces neurotransmetteurs sont responsables d’équilibrer et de gérer le sommeil, l’appétit, l’humeur, la motivation… Un déficit de ces substances dans le cerveau met ce dernier en « sous-régime ». 

Les traitements pour les différentes formes de dépression visent souvent à rétablir cet équilibre. Ils incluent diverses classes d’antidépresseurs, comme les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS), qui agissent en augmentant la quantité de ces messagers chimiques.

Mais d’autres traitements semblent très prometteurs… comme la danse ! Une méta-analyse publiée en 2024 ayant analysé 218 essais cliniques a révélé que la danse serait un puissant antidépresseur et réduirait les symptômes de la dépression plus que d’autres activités physiques, voire certains antidépresseurs. Toutefois, les chercheurs indiquent que d’autres études sont nécessaires avant que l’on puisse considérer la danse comme un traitement autonome.

Les 9 symptômes habituels de la dépression

Voici 9 symptômes fréquents chez les personnes dépressives, tels qu’indiqués dans le Manuel diagnostique des troubles mentaux : 

  • Humeur dépressive présente la majeure partie du temps (tristesse, sensation de vide, désespoir).
  • Diminution marquée de l’intérêt ou du plaisir pour toutes ou presque toutes les activités (anhédonie).
  • Perte ou gain de poids significatif ou changement de l’appétit.
  • Insomnie ou hypersomnie presque tous les jours.
  • Agitation ou ralentissement psychomoteur (constaté par les autres).
  • Fatigue ou perte d’énergie presque tous les jours.
  • Sentiment de dévalorisation ou de culpabilité excessive ou inappropriée.
  • Diminution de l’aptitude à penser ou à se concentrer ou indécision.
  • Pensées de mort récurrentes, idées suicidaires récurrentes sans plan précis, tentative de suicide, ou plan précis pour se suicider.

C’est un médecin psychiatre qui posera un diagnostic de dépression. Toutefois, votre proche peut en première intention aller consulter un médecin traitant si c’est plus acceptable pour lui. Le médecin traitant établira un bilan de santé global afin de l’orienter vers la bonne personne.

👋 Important : il arrive parfois que la dépression se manifeste différemment chez certaines personnes. C’est le cas notamment des hommes !

Dépression au masculin : des symptômes plus « bruyants »

Il est fréquent en cas de dépression chez un homme de retrouver des symptômes plus “bruyants” tels que : 

  • L’irritabilité
  • La colère
  • Un comportement agressif
  • L’abus de substances comme l’alcool ou les drogues
  • Et paradoxalement une sexualité hyperactive, car la démonstration d’une vitalité sexuelle peut s’exprimer pour pallier en réalité une faible estime de soi

C’est important d’en avoir conscience car ces symptômes sont très différents de ceux actuellement listés dans le Manuel diagnostique des troubles. 

Ce décalage de symptômes est en partie dû aux injonctions de la virilité qui empêchent certains hommes de montrer des signes de vulnérabilité. Ainsi, ils sont plus facilement dans le déni et camouflent leur mal-être.

Portrait de Margaux Damain, fondatrice de Sous le tapis et rédactrice spécialisée en santé mentale et vulgarisation scientifique

A propos de l’auteur

Article rédigé par Margaux Damain, fondatrice de Sous le tapis et rédactrice spécialisée en santé mentale. Margaux s’appuie sur des études scientifiques (revues systématiques et méta-analyses), ainsi que sur des ouvrages de psychiatres et psychologues pour rendre accessibles les connaissances sur le bien-être psychique. Elle transforme des travaux d’experts en contenus adaptés au grand public. Son objectif ? Démocratiser la santé mentale et encourager chacun et chacune à prendre soin de soi.